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Fondations abritées

L’animal, un partenaire « soignant » pour les enfants

14/12/2018

Pourquoi et comment l’interaction avec un animal peut-elle aider les enfants à grandir ? C’était le sujet d’une journée d’échanges organisée par la Fondation Adrienne et Pierre Sommer, à la Cité des sciences, début décembre. Retours sur quelques temps forts.

« Avec l’animal, vers la vie »,  telle est la devise de la fondation AP Sommer, qui œuvre depuis 1971 pour le développement de la médiation animale. « Médiation animale » ? C’est l’espace de la relation à l’animal dans une perspective sociale, thérapeutique ou éducative. Avec plusieurs centaines de projets soutenus au fil des ans, la fondation AP Sommer a accompagné les expérimentations et la structuration progressive de cette pratique. Parmi les 700 projets soutenus depuis 2003, 151 concernent des jeunes en situation de handicap, 88 des enfants en grande difficulté sociale, et 23 des établissements scolaires ordinaires.

La diversité des expériences menées et le recul sur les différentes pratiques à l’échelle européenne confortent les professionnels de l’enfance qui explorent ces démarches. Reste, au-delà de l’expérimentation, à comprendre pourquoi et comment opèrent ces bienfaits. C’était l’un des objectifs du colloque « Naître, grandir et devenir : la place de l'animal dans le développement de l’enfant », notamment avec la participation de Daniel Marcelli, pédopsychiatre*, qui a intégré une activité d’équithérapie au Centre hospitalier de Poitiers.

« Tous les parents qui vivent avec un animal de compagnie le savent : le chien ou le chat sont des compagnons naturels de l’enfant, souligne-t-il. S’occuper d’un être vivant, c’est une responsabilité qui fait grandir dans un contexte sécurisant, car les animaux ont une grande constance dans leurs réactions. L’animal imaginaire aussi est important… la passion des 5-10 ans pour les dinosaures en  témoigne ! »

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Développement de l'enfant et présence animale : cahier pratique

Le "cahier pratique n°3" de la Fondation AP Sommer apporte un éclairage tout particulier sur la relation entre l’enfant et l’animal.
Le lien existant entre le « petit d’homme » et l’animal est abordé à travers un entretien mené avec le pédopsychiatre Daniel Marcelli.
Pour illustrer son propos, cet entretien est ponctué de nombreux témoignages, d’éclairages, de visions recueillis auprès d’acteurs de l’éducation, de la santé ou de l’action sociale pratiquant la médiation animale.
 

Accordage affectif

Mais qu’en est-il des enfants en situation de handicap, souffrants de troubles autistiques ou du caractère ? Les éducateurs soulignent à quel point les séances d’équithérapie, ou de soin/jeux/éducation d’un chien sont bénéfiques… « La relation à l’animal passe par le non-verbal : les émotions, les postures, le ton de la voix, les gestes… explique Daniel Marcelli. Un accordage affectif peut se construire, de manière plus instinctive qu’avec les humains, sans arrières pensées, sans peur d’être jugé, ni de décevoir. Ainsi l’animal est-il source de confiance en soi pour l’enfant fragilisé. » D’autant qu’en cas de maltraitance, un chien bien éduqué se contentera de se retirer, sans agressivité, provoquant une certaine frustration chez l’enfant, qui apprend ainsi à réguler son comportement. « L’animal sert souvent à amorcer un changement, dont on va pouvoir ensuite parler avec l’enfant, ajoute Daniel Marcelli. Par exemple avec un enfant très inhibé qui découvre qu’il peut mener un cheval. Ou à l’inverse avec un adolescent agressif et tout-puissant, qui constate que pour commander ce cheval, ce sont les règles de base de l’équitation qui fonctionnent, et non la violence… dans les deux cas, l’animal reconnecte l’enfant à son environnement, sur des bases plus simples et plus saines. »

Comment mesurer et formaliser des expériences singulières ?

Spécificité de la médiation animale : chacune de ces expériences est unique. A chaque fois, la rencontre qui s’opère met en jeu un enfant, un éducateur et un animal…singuliers. D’où la difficulté à « industrialiser » ces pratiques, à modéliser des processus, à évaluer, et donc à développer la discipline à une échelle plus large. C’est pourquoi la fondation AP Sommer investit également dans le soutien aux travaux de recherche, comme la thèse de Marie Grandgeorge, maître de conférence en éthologie et docteur en psychologie, sur les relations entre enfants autistes et animaux. « Il y a huit ans, quand j’ai commencé ce travail, on me prenait pour une extra-terrestre ! témoignait-elle lors de ce colloque. Aujourd’hui, il ne se passe pas une semaine sans qu’un média me sollicite : les bienfaits du compagnonnage animal pour les enfants souffrants de troubles du spectre autistique sont désormais largement admis. »


* Daniel Marcelli est pédopsychiatre, professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.
Il a dirigé l’ouvrage collectif « L’enfant et l’animal, une relation pleine de ressources » aux éd. Erès (2017)