Paysage agricole, ligne à haute tension en fond. Programme Terre d'Opale.

Philanthropie

La philanthropie dans les territoires

Étude de l’Observatoire de la Fondation de France

Avec 15,7 % de foyers donateurs, un don moyen de 411 euros, et plus de 2 200 fondations recensées, l’engagement philanthropique est florissant dans notre pays. Mais derrière cette générosité nationale se cachent de fortes disparités territoriales. Où se trouvent les donateurs ? Quelles sont les régions les plus engagées ? Quels sont les facteurs déterminants de la philanthropie des Français ? Pour le savoir, l’Observatoire de la Fondation de France vient de réaliser une étude inédite, « La philanthropie dans les territoires », analysant la géographie de la philanthropie en France. 

De 10 à 23 % de foyers donateurs selon les départements

Si l’Ile-de-France est incontestablement la première région philanthropique française, avec un don moyen de 653 euros et une proportion de foyers donateurs de 17 %, l’étude souligne la performance de deux régions motrices de la générosité française : l’Alsace, qui avec ses 23,3 % de foyers donateurs et son don moyen de 391€ se place très clairement comme la championne de la générosité en régions, et Rhône-Alpes, avec 17,5 % de foyers donateurs et un don moyen de 386 euros.
On voit apparaître sur la carte de France une « diagonale du don », de l’Alsace aux Pyrénées-Atlantiques, où la propension au don est nettement plus élevée que la moyenne. La pointe bretonne et la Loire-Atlantique présentent aussi des taux de foyers donateurs élevés. À l’inverse, on constate de plus faibles taux de mobilisation en Nord-Pas-de-Calais-Picardie (12,3% de foyers donateurs) et sur le pourtour méditerranéen où la Corse, avec 10,2 %, arrive en bas du classement national.
 

Des déterminants socioculturels à la mobilisation

Est-on plus généreux quand on est fortuné ?  Le montant élevé du don moyen dans les grandes agglomérations, plus riches que les territoires ruraux, indique que le revenu est un facteur déterminant du montant des dons. En revanche, la proportion de foyers donateurs semble moins corrélée à la capacité économique qu’à l’identité socioculturelle et aux valeurs de la population. Ainsi, on relève de forts taux de mobilisation dans les régions à forte tradition chrétienne comme l’Alsace, la Bretagne ou les Pyrénées-Orientales, alors qu’ils sont très faibles dans les territoires où l’influence chrétienne est moindre, comme le Nord de la France, le Midi ou l’Aquitaine. « Le don apparaît donc comme la traduction sociale, moderne et souvent désacralisée de la tradition de charité chrétienne », souligne l’étude.
La présence plus ou moins marquée du service public semble également exercer une influence sur la générosité des Français. Presque partout où l’emploi public est important, la propension au don chute, à l’instar des régions méditerranéennes. Les citoyens sentiraient moins le besoin personnel de se mobiliser, car la forte présence des fonctionnaires incarnerait le monopole de la puissance publique pour la prise en charge de l’intérêt général.
 

Les inégalités : facteur de mobilisation chez les plus riches

Lorsqu’on rapporte le montant des dons au revenu médian de la population (indice de générosité relative), la géographie de la générosité en France change de visage, et fait apparaître la géographie des inégalités : les régions les plus généreuses relativement à la richesse sont également celles qui souffrent le plus des inégalités, comme le Languedoc-Roussillon, le Nord-Pas-de-Calais ou la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’Alsace, championne de la générosité en valeur absolue, n’arrive plus qu’à la 14e position selon cet indicateur relatif. Dans les zones de détresse économique, la générosité serait donc prise en charge par les plus aisés de la population, ce qui explique des taux de mobilisation relativement faibles mais des montants de don moyen élevés.
 

Qu’en est-il des fondations ?

Encore une fois, l’Ȋle-de-France se place comme la première région au classement national, puisqu’elle concentre 66 % des fondations françaises, suivie des régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes, qui à elles deux, concentrent un tiers des fondations de province.
Plus dynamique dans le Sud de la France que dans la moitié Nord, le secteur des fondations semble marqué par l’effet captateur de la capitale, à l’exception de trois régions : le Nord-Pas-de-Calais, l’Alsace, et dans une moindre mesure les Pays de la Loire.
L’étude souligne également l’attractivité du récent statut de fonds de dotation. Bien que cet outil confirme la prépondérance des régions Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, il révèle le développement récent de la philanthropie dans d’autres régions comme les Pays de la Loire. 
L’étude montre également la forte implantation urbaine des fondations récentes. Ces dernières, sur un modèle de redistribution, ne sont pas nécessairement implantées au cœur des territoires, contrairement aux fondations plus anciennes, opératrices et gestionnaires d’établissements.