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Point de vue

La joie du don

Le goût des autres, l’envie d’aider, la compassion naissent sans doute dès l’enfance, à travers le vécu de nos proches. Je me souviens à quel point mes parents attachaient de l’importance à soutenir financièrement un grand nombre d’associations humanitaires. Ils étaient eux-mêmes aussi engagés dans des activités associatives et soutenaient directement des personnes en difficulté, parfois en les accueillant à la maison. Ma fibre philanthropique, je la tiens donc certainement de mon milieu familial, profondément ancré dans une tradition catholique sociale. Être chrétien pour mes parents, c’était d’abord partager et soutenir ceux que la providence mettait sur leur chemin. Même si j’ai toujours été sensible à ces valeurs, ce n’est que récemment que j’ai décidé de m’engager fortement pour autrui, à travers la création d’une fondation et de deux associations : l’une éducative (Sève) et l’autre en faveur des animaux (Ensemble pour les animaux). C’est la fréquentation assidue de Spinoza, autant que mes racines chrétiennes, qui m’a incité à m’impliquer davantage encore en faveur du bien commun. Spinoza est le premier philosophe à prôner un système politique démocratique fondé sur la séparation du politique et du religieux qui garantit la liberté de conscience et d’expression des individus. Il est le pionnier des Lumières. Mais il va plus loin et explique que le meilleur système politique qui soit ne suffira pas à garantir la qualité des relations entre les citoyens. Pour cela, chaque citoyen doit développer sa raison et orienter de manière juste ses affects pour grandir dans la joie. C’est parce que les individus seront plus lucides, conscients et heureux que nos sociétés seront plus harmonieuses. Dit autrement : il faut se changer soi-même pour changer le monde. Comme tant de choses se jouent dans l’enfance, je suis convaincu que l’éducation est la clé principale pour accéder de manière profonde et durable à la connaissance de soi et à la compréhension des relations humaines pacifiées.

C’est pourquoi j’ai co-créé avec Martine Roussel-Adam, sous égide de la Fondation de France, la Fondation SEVE (savoir être et vivre ensemble) qui vise à soutenir des projets éducatifs innovants favorisant le savoir-être et le vivre ensemble. J’ai aussi co-créé l’association SEVE qui propose des ateliers de méditation et de philosophie avec les enfants. Depuis leur création, à l’été 2016, la Fondation SEVE a déjà soutenu 12 projets innovants dans le domaine du savoir être et du vivre ensemble, et ce sont plus de 2 500 personnes qui ont suivi le parcours proposé par l’association SEVE à travers 4 pays francophones et qui peuvent animer dans des écoles (l’association a reçu l’agrément du ministère de l’Éducation nationale) des ateliers philo et de pratique de l’attention avec les enfants et les adolescents. Ces ateliers permettent aux jeunes de calmer leur mental, de mieux gérer leurs émotions, de développer leur esprit critique, d’apprendre à argumenter, de développer un sens de l’écoute et du débat, autant de qualités nécessaires à la vie en société dans un monde où les manipulations idéologiques et émotionnelles sont légions. Même si mon engagement au sein de SEVE est extrêmement chronophage et qu’il faut sans cesse gérer des conflits humains (au moins aussi puissants dans les milieux associatifs que partout ailleurs !), je suis comblé par les bienfaits tangibles de ces ateliers. Les remontées des écoles sont formidables : près de 100 000 enfants sont déjà concernés par la mise en place des ateliers et les résultats sont très encourageants : auto discipline et meilleure gestion des émotions grâce à la méditation, amélioration de la qualité d’écoute,  développement du discernement et bonheur manifeste des enfants à pouvoir parler librement de questions importantes grâce aux ateliers philo. Je suis convaincu que si tous les enfants du monde pratiquaient la méditation et la philosophie, le monde changerait en une génération ! L’engagement philanthropique demande beaucoup de motivation, du temps, des efforts, de la persévérance, mais quel bonheur de voir son engagement porter ses fruits ! Des études scientifiques américaines sur le bonheur montrent qu’il existe une corrélation étroite entre bonheur et altruisme : les personnes altruistes sont les plus heureuses et le bonheur individuel suscite souvent le désir d’aider les autres. Il n’y a donc rien d’héroïque ni de sacrificiel dans l’engagement philanthropique : rendre heureux les autres contribue à notre bonheur et pouvoir participer, même très modestement, à l’amélioration du monde, nous met en joie.

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L'auteur

Frédéric Lenoir
Philosophe et écrivain, cofondateur de la Fondation SEVE

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