Jeunes et seuls : comment leur venir en aide ?

Point de vue

Jeunes et seuls :
comment leur venir en aide ?

par Axelle Davezac,
directrice générale de la Fondation de France

 

La jeunesse : dans l’imaginaire collectif, il s’agit une période très entourée, pleine d’amis et de rencontres. Pourtant, aujourd’hui, en France, 700 000 jeunes de 15 à 30 ans vivent une situation objective d’isolement, selon une étude réalisée par le CRÉDOC pour la Fondation de France[1]. En clair, au-delà du simple « bonjour », iIs n’ont aucun contact avec qui que ce soit : ni famille, ni amis, ni voisins, ni collègues.

Pour cette génération qui évalue parfois la valeur de l’individu au nombre de ses « like » sur les réseaux sociaux, l’isolement génère de la honte. Avez-vous déjà entendu dans la bouche de nos adolescents cette terrible apostrophe : « T’as pas d’amis, tu sers à rien » ? L’isolement créé un sentiment douloureux d’inutilité, ou pire encore, d’invisibilité sociale : c’est ce qu’ont exprimé les jeunes lors des entretiens téléphoniques menés pour notre étude.

L’étudiant qui dort chaque soir dans sa voiture sur un campus d’université, le jeune original qui devient un marginal, la mère célibataire qui ne voit que ses jeunes enfants… La solitude est souvent le fruit de difficultés personnelles éprouvées parfois depuis l’enfance, d’un parcours de vie marqué par le poids des échecs : moins diplômés, moins bien insérés dans la vie scolaire ou professionnelle, ces jeunes esseulés ont aussi, plus souvent que les autres, connu des problèmes familiaux ou matériels. Le risque pour eux : entrer dans un cercle vicieux, se sentir de moins en moins « à la hauteur » et finir par développer une méfiance croissante vis-à-vis de leur entourage, y compris familial, dont ils redoutent le jugement.

Pour ces jeunes, c’est de cette manière que peut commencer l’exclusion sociale, aussi dommageable pour l’individu que pour la société qui peine à les comprendre et à les intégrer. Un fléau insidieux et invisible contre lequel la Fondation de France a décidé de se mobiliser. Parce que la jeunesse représente un axe d’engagement fondamental : un tiers des projets soutenus par la Fondation de France concernent la jeunesse. Parce que ce sont les jeunes qui pourront, demain, réaliser ce qui constitue le fondement même de la philanthropie :  la transmission d’un monde meilleur. À condition de se sentir valorisés, soutenus, de prendre conscience de leurs atouts et de ce qu’ils peuvent apporter à la société. C’est pour cela que la Fondation de France soutient de nombreux projets destinés à combattre cette solitude si peu naturelle à leur âge.

Une constante dans ces projets : s’adapter très finement aux situations, aux attentes, au vécu de chaque jeune : il s’agit de l’aider à comprendre les racines de son isolement et les pistes qui peuvent lui permettre d’en sortir, s’il en exprime le besoin. Certains vont avoir besoin d’être accompagnés pour parler, pour s’exprimer, pour partager leur ressenti avec les autres. Des organismes comme le Théâtre du Nord à Lille, ou l’association Captive, en Île-de-France, leurs proposent d’écrire une pièce de théâtre ou de réaliser un court-métrage, pour exprimer différemment leurs émotions et apprendre à travailler avec d’autres jeunes.

La solitude peut aussi venir d’un manque de confiance en soi. Se sentir utile aux autres ou à la société grâce à des activités valorisantes et socialisantes peut les aider à retrouver une meilleure image d’eux-mêmes ; c’est tout le sens que peuvent revêtir, par exemple, des missions de service civique, comme celle développée par l’association Unis-Cités, ou encore des conseils de quartiers  « spécial jeunes » comme celui proposé par le Centre Social Malpassé, à Marseille. S’impliquer, ensemble, sur des sujets qui les touchent (solidarité, environnement, violence à l’école…), permet à ces jeunes de se sentir responsabilisés, fiers de leur engagement, et donc plus ouverts sur autrui. La pratique d’un sport également, ou la réalisation d’un projet personnel, peuvent devenir ces indispensables sources de fierté : c’est à ce titre que la Fondation Lacoste ou la Fondation BNP Paribas, par exemple, interviennent auprès des jeunes, convaincues que leur bien-être intérieur les aidera à s’émanciper.

Ces projets ne sont que quelques exemples parmi les milliers que soutient la Fondation de France en faveur de la jeunesse. En faisant prendre conscience à tous que non, la jeunesse n’est pas une période forcément heureuse et festive, son ambition est avant tout de redonner à chaque jeune confiance en lui-même. En s’attaquant à leur solitude, méconnue mais bien réelle, la Fondation de France a pour ambition de les aider à devenir des citoyens ouverts et attentifs à autrui, de leur permettre de mener une vie épanouie, porteuse d’espoir pour toute la société.

 

[1] Étude quantitative réalisée en ligne, auprès de 2 000 personnes âgées de 15 à 30 ans, résidant sur l’ensemble du territoire national métropolitain. Les personnes ont été interrogées entre le 19 avril et le 9 mai 2017.