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Méditerranée

Inventer de nouvelles manières d'agir : zoom sur 4 associations exemplaires à Marseille

24/07/2020

Depuis les débuts de la crise Covid, la Fondation de France Méditerranée a soutenu 106 projets sur son territoire, dont plus de 50 à Marseille et ses environs. Les associations, en première ligne de la solidarité, ont dû s’adapter à un contexte exceptionnel et inventer de nouvelles manières d’agir.  Reportage auprès de quatre associations à Marseille.
 

Pain et partage : changement de modèle !

« Pain et Partage », c’est un réseau de boulangeries solidaires implanté à Marseille depuis 25 ans. Ses pains biologiques produits avec des ingrédients locaux approvisionnent associations caritatives, établissements médico-scolaires, entreprises, écoles et crèches. A la fois chantier et entreprise d’insertion, Pain et Partage emploie plus d’une trentaine de personnes.

Dès le début du confinement, l’association a vu ses commandes se tarir, et a envisagé la fermeture de l’atelier. Rapidement contactée par la Fondation de France et la Métropole d’Aix-Marseille, elle a su basculer en quelques jours vers un projet caritatif et solidaire : produire et livrer du pain pour les quartiers en difficulté de Marseille, et lutter ainsi contre la précarité alimentaire. Malgré les craintes liées à l’épidémie, ses salariés ont répondu présents et pendant huit semaines, ce sont plus de 70 000 pains qui ont pu être distribués chaque jour à plus de 13 000 bénéficiaires.

Aujourd’hui, l’équipe réfléchit à son modèle d’activité. Avec un fil rouge : continuer à défendre une alimentation biologique et locale, accessible à tous, comme pendant la crise sanitaire.

« Ces quelques exemples sur le territoire de la Fondation de France Méditerranée montrent la diversité et le dynamisme de citoyens, d’habitants, d’acteurs de terrain qui ont su innover, s’associer, mobiliser autour d’eux. Dans les mois qui viennent, la Fondation de France s’est donnée comme priorité d’identifier et de consolider les modes d’action qui ont su montrer leur efficacité et leur pertinence tant à l’échelle nationale que régionale ».

- Cécile Malo, déléguée générale Fondation de France Méditerranée

Fraternité Belle de Mai : solidarité « hors les murs »

Installée depuis 140 ans à Marseille, la Fraternité Belle de Mai, mène un projet d’éducation populaire (ateliers de français, informatique, écrivain public…). Dans ses locaux du 3ème arrondissement, un des quartiers les plus pauvres de Marseille, elle organise deux fois par semaine des repas ouverts aux habitants et gère un vestiaire social. C’est une ruche d’activités au quotidien pour les personnes les plus fragiles. La structure a un solide ancrage local, bien identifié par les habitants du quartier.

Avec les contraintes sanitaires liées au confinement, l’association a dû fermer ses locaux. Mais pas question de renoncer à la solidarité ! Grâce à une équipe de bénévoles, elle a pu identifier les personnes en situation de grande fragilité. Une permanence téléphonique 7j/7 a été mise en place et a permis de toucher plus d’une cinquantaine de familles : fourniture de produits de première nécessité (alimentation, hygiène, médicaments), aide aux courses, impressions d’attestation de déplacement, accompagnement des devoirs scolaires, suivi des démarches administratives…L’aide de Fondation de France a financé l’achat de produits de première nécessité et la coordination du projet.

Et après ? « Un tel élan de solidarité laisse des traces positives. Et La Fraternité Belle de Mai sort renforcée des connexions créées dans le quartier, souligne Pierre-Olivier Dolino, directeur de la structure. A nous de capitaliser sur les synergies mises en place durant le confinement, de défendre une vision plus juste et humaine du vivre-ensemble ».

Marseille 11 et 12ème arrondissements : cinq associations regroupent leurs forces

La Fondation de France a également soutenu des projets solidaires et citoyens dans les quartiers prioritaires de la ville de Marseille comme les 11 et 12ème arrondissements. Dans ces quartiers, la mise à l’arret d’une économie informelle a aggravé la précarité de nombreux habitants. Pour faire face, cinq associations du quartier d’Air Bel ont décidé de s’unir : les Amicales des locatiares d’Air Bel, Au cœur des familles, La Jeunesse d’Air Bel, Univers Cités et l’Association SABIL.

Leurs expertises respectives et leur connaissance du terrain leur ont permis de repérer rapidement les familles et personnes en grande difficulté dans le quartier. Grâce à la mobilisation des bénévoles, en mutualisant leurs ressources  et en  coordonant leurs initiatives, ce « consortium » a pu agir sur plusieurs fronts : fournir des produits de première nécessité (colis alimentaires, produits d’hygiène et produits bébés) à plus de 550 familles, accompagner les écoliers pour maintenir la continuité pédagogique, assurer un lien téléphonique régulier avec les personnes isolées, lancer une cagnotte solidaire dans le quartier.

Aujourd’hui, ces cinq associations veulent développer des activités et des actions collectives dans leur quartier. Le regroupement né de la crise sanitaire sera pérénisé, pour élaborer de nouveaux projets, notamment des cafés débats, et faire émerger une « pépinière d’initiatives d’habitants ».

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« Groupe de veille » : des habitants s’organisent pour leur quartier

Dans le quartier du Grand Saint-Barthélemy, dans le 14ème arrondissement de Marseille, nombre d’habitants cumulent les difficultés sociales et sanitaires. En cette période de crise, les personnes les plus vulnérables se sont vu privées des liens et des ressources (solidarité communautaire et familiale, travail à la tâche ou au noir, mendicité…) qui leur permettaient de survivre jusque-là dans une existence déjà très précaire.

Ici, un « Groupe de veille », porté par le Centre Social Agora, rassemble toute l’année des habitants engagés, des enseignants, des travailleurs sociaux et la majorité des associations du quartier. Face à la crise, ce groupe s’est immédiatement organisé en réseau solidaire de proximité pour aider ceux qui ne pouvaient pas se fournir en produits de première nécessité. Le collectif de citoyens et d’habitants a mis en place un système de veille et d’intervention, pour identifier les familles en difficultés et apporter des réponses coordonnées à l’échelle du quartier : aide alimentaire, livraison de masques en tissu, impression des devoirs d’école, photocopie d’attestation, permanence à distance d’aide administrative, affichage d’informations sanitaires en plusieurs langues…

Dans ce quartier où « on se bat pour tout et n’importe quoi », confronté aux réseaux de drogue, à un taux de chômage très important et la barrière de la langue pour certains, cette période a été très dense. Pendant les distributions alimentaires, ce sont plus de 80 personnes et 14 groupes d’associations qui se sont mobilisés, démontrant « une vraie richesse associative pour le quartier ».

Après cette période de crise, le collectif veut donner corps à cette mobilisation importante née pendant la Covid-19, encourager le « pouvoir d’agir » des habitants, et trouver de nouvelles formes d’actions sur le terrain.