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Interview

Interview de Danièle Salva

Daniele Salva

Danièle Salva s’est engagée dans le milieu sportif au nom de l’insertion sociale et de l’égalité hommes-femmes. Sa double formation – professeur d’Éducation physique et sportive (EPS) et gestion de l’entreprise – l’a conduite à occuper différentes fonctions au ministère de l’Éducation nationale en tant qu’enseignante d’EPS au collège ou au ministère des Sports sur les questions de femmes et de sport notamment. Elle y a développé son expertise et initié des programmes d’aide à la pratique sportive destinés aux personnes vulnérables. Danièle Salva milite par ailleurs au sein de l’association Femix (Femmes mixité sport) depuis sa création en 2000, et en a assuré la présidence. C’est donc naturellement qu’elle a pris part aux travaux du comité d’experts Sport Santé Insertion de la Fondation de France. Elle y a rempli deux mandats de quatre ans, dont le second en qualité de présidente s’est achevé en juin dernier.

Outre votre formation, quels éléments ont déterminé votre engagement ?

Il y a un « avant » : je viens d’une famille où les femmes travaillent depuis longtemps – ma grand-mère était proviseure. J’ai reçu une éducation où l’égalité des sexes allait de soi ; j’ai toujours fait du sport. Et il y a un « après », lorsque j’ai découvert que ces choses ne coulaient pas toujours de source. Au début des années soixante dix, dans un collège de l’Essonne où j’étais en poste, les problèmes liés à la mixité étaient déjà extrêmes. Les garçons se moquaient des filles. Elles refusaient donc d’assister aux cours en présence des garçons. J’ai passé mon année à persuader ces collégiennes de participer. Quand le ministère des Sports s’est attaché à ce sujet, je n’ai pas hésité à le rejoindre.

Pour vous, quels pourraient être les leviers d’action pour favoriser la mixité dans le sport ? 

Au comité, nous avions inscrit la mixité parmi les critères de sélection des projets, sans comprendre que pour s’y intégrer harmonieusement, les filles devaient traverser une phase préalable de pratique entre soi : il faut se connaître avant de rencontrer l’autre. Nous avons donc opté pour une approche concrète – une bulle garante de calme permettant aux filles de se réaliser. En outre, nous avons appris que tout projet les concernant doit les aider à prendre conscience de la différence des genres. Beaucoup d’entre elles ignorent même qu’elles sont discriminées. À l’évidence, les garçons doivent bénéficier d’une conscientisation identique… Quant à l’appel à projets le plus récent de notre programme, Sport et santé en milieu rural, il s’inscrit hors de toute problématique de mixité, puisqu’il vise à rendre le sport accessible aux adultes qui en sont les plus éloignés : en France métropolitaine, un tiers des communes rurales sont dépourvues d’infrastructures sportives, et seuls 16 % de ces équipements sont desservis par des transports en commun. La santé – au sens large, recherche du mieux-être ou exercices prescrits par un médecin – est un prérequis de cette initiative. Il n’a pas de visée expérimentale, mais peut jouer un rôle explorateur, puisqu’il exige la collaboration de divers acteurs n’ayant pas l’habitude de travailler ensemble.

Pour conclure, comment résumeriez-vous les acquis de vos deux mandats ? 

Je pense d’abord au travail important que nous avons effectué sur les critères de sélection des projets. Cette évolution facilite notre travail de tri, et incite les porteurs de projets à améliorer leur approche : la qualité des dossiers que nous recevons est en constante progression. Je parlerais aussi de l’évolution des mentalités : le sport n’est plus seulement un facteur d’amélioration des conditions sanitaires et sociales, mais a pris le statut de culture à part entière. Enfin, au-delà de ces considérations
de fond, j’ai beaucoup apprécié l’implication des responsables de programmes et la qualité du travail de groupe. Durant toutes ces années passées au sein du comité, je n’ai jamais eu l’impression de devoir convaincre du potentiel formidable que représentait le sport dans notre société actuelle.