Contre le décrochage scolaire, l'innovation pédagogique

Innovation pédagogique : ça booste, du CP au collège !

Pour lutter contre le décrochage scolaire, explorer de nouvelles pistes éducatives peut constituer une alternative très efficace.

Apprendre autrement, sur les bancs d’écoles « alternatives » (Montessori, Steiner, Freinet) ou après la classe, en mode périscolaire au sein d’ateliers ou de clubs… Derrière ces initiatives innovantes : la volonté de proposer des pédagogies plus efficaces dans un système éducatif en quête d’un second souffle. L’ambition est de réduire, très tôt, les inégalités ou les blocages qui fabriquent les futurs exclus : parmi les pays de l’OCDE, c’est en France que la corrélation entre écarts de réussite scolaire et inégalités socio-économiques est la plus forte.

Dans les années 2000, alors qu’émergent le digital et sa promesse d’apprentissages différents, entre 120 000 et 150 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire en France, sans la moindre qualification. « En 2009, la Fondation de France s’est engagée dans la lutte contre le décrochage scolaire dès le collège, en partenariat avec l’Éducation nationale pour soutenir l’expérimentation de dispositifs alternatifs » retrace Anne Bouvier, responsable de programme Enfance et éducation à la Fondation de France.

Une décennie plus tard, les approches pédagogiques innovantes ont évolué. Principales tendances : les classes inversées (l’élève étudie la partie magistrale du cours chez lui, et la met en application en classe, avec des exercices réalisés avec l’appui de son enseignant), l’interdisciplinarité et la mise en application de projets concrets (voyage d’étude, mini-entreprise, etc.) qui favorisent l’expression orale, multilingue et conjuguent des compétences très diverses en termes de savoirs comme de savoir-être.

Dans le même temps, les expérimentations périscolaires ont fleuri en nombre. À l’image des dispositifs soutenus par les fondations SEVE et Coup de pouce.

 

« Grandir en discernement et en humanité »

Martine Roussel-Adam Fondation SEVE

À l’heure des fake news, des manipulations idéologiques et émotionnelles en tous genres, nous sommes convaincus qu’il faut développer chez les enfants des compétences de savoir-être et de vivre ensemble, basées notamment sur une capacité de questionnement et de discernement renforcé.

Bras opérationnel de la Fondation SEVE, l’association éponyme propose des ateliers de réflexions philosophiques et de pratique de l’attention. Co-créé avec le philosophe Frédéric Lenoir, le dispositif permet à un petit groupe d’enfants de 6-12 ans de libérer leur parole autour de questionnements comme « C’est quoi le bonheur ? », « Qu’est-ce que l’amitié ? », etc.

Présente dans quinze régions en France et plusieurs pays francophones (Benelux, Suisse, Canada, bientôt le Maroc), SEVE a entraîné à ce jour 2 000 animateurs (enseignants, parents, éducateurs, bibliothécaires, etc.) pour organiser en classe ou en périscolaire ces débats, qui ont accueilli plus de 100 000 enfants depuis 2016. Deux ans après les attentats du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, et ayant pris conscience de l’importance de ce type d’ateliers en prévention de la violence et de la radicalisation, la municipalité de Nice a souhaité ouvrir des ateliers philo pour ses classes de CM2.

 

« Plaisir d'apprendre et réussite scolaire »

Arnaud Langlois-Meurinne, Fondation Coup de pouce

Pour que chaque enfant ait le droit de réussir sa scolarité, l’Association pour favoriser une école  efficace, devenue l'association Coup de Pouce, et la Fédération des familles de France créaient en 1993 la Fondation pour l’égalité des chances à l’école (FÉE), aujourd'hui nommée Fondation Coup de pouce.

Initiative phare soutenue par la fondation, les clubs de lecture écriture Coup de pouce CLÉ : en 25 ans, ils ont accueilli le soir après la classe plus de 120 000 enfants de CP jugés fragiles par leurs enseignants, dans 250 villes en France. On compte plus de 200 clubs à Paris ou Marseille dans les quartiers d’éducation prioritaire, mais aussi dans les territoires ruraux et les DOM. Depuis 2014, des clubs de langage pour la grande section de maternelle ainsi que des clubs lecture écriture maths (pour les CE1) sont venus compléter le dispositif. Au fil des ans, l’efficacité de ces clubs n’a cessé de croître : ils favorisent le goût de la lecture et le plaisir d’apprendre chez les jeunes participants, et sensibilisent leurs parents à l'importance de l'accompagnement. Avec pour principal bénéfice un regain de motivation et de confiance en soi des enfants. Après un an de participation à un club de lecture écriture, 85 % des enfants qui étaient à l’origine considérés comme faibles lecteurs sont devenus bons ou moyens lecteurs.