Iles de France, territoires en transition

Les îles ? Un concentré de défis environnementaux et sociaux

Les îles ? Quelles îles ?  De Papeete à Saint Pierre et Miquelon… les situations, les cultures locales et les enjeux sont extrêmement divers ! « Néanmoins, la situation d’isolement au cœur du milieu marin crée des points communs, souligne Denis Bredin, directeur de l’association des îles du Ponant, qui fédère les maires de ces territoires. Notamment sur le plan environnemental : partout, l’insularité surexpose aux conséquences du changement climatique. » Le phénomène de la montée des eaux et de l’érosion entraînant le recul du trait de côte aura par exemple un impact majeur pour la Polynésie française. La fréquence accrue des tempêtes exceptionnelles également : toutes les îles sont en première ligne, comme l’ont expérimenté les habitants de l’île de Ré face à la furie de Xynthia, en mars 2010. Loin d’être passives, certaines s’y préparent activement, comme les îles de la Martinique (lien avec l’article EXPLOIT) qui ont développé un dispositif unique de plans d’évacuation en cas d’alerte Tsunami, soutenu par la Fondation de France.

Gestion des ressources : une tradition insulaire

« Mais il s’agit là de risques à long terme… souligne Denis Bredin. Ce qui préoccupe très concrètement nos habitants dès aujourd’hui, ce sont les pénuries d’eau, avec l’asséchement de nappes phréatiques particulièrement limitées et fragiles.  Sans eau, plus de vie… c’est aussi simple que cela ! ».  Cette menace n’est pas uniquement l’affaire des îles : partout en métropole les 6500 nappes phréatiques ne parviennent plus à « faire le plein » pendant les mois d’automne et d’hiver… Mais la prise de conscience du stress hydrique est sans doute plus vive quand il faut envisager un approvisionnement par bateau, la construction d’une canalisation ou le traitement de l’eau de mer, toutes solutions coûteuses et polluantes ! C’est ainsi que depuis longtemps, des territoires comme l’île de Molène ont réhabilité les anciennes pratiques de récupération, traitement et consommation des eaux de pluie… réduisant les forages à une ressource d’appoint. « Parce qu’il s’agit d’espaces isolés aux ressources limitées, les espaces insulaires ont toujours été des écosystèmes fragiles, remarque Thierry Gissinger, responsable du programme Environnement de la Fondation de France. Optimiser la gestion de ces ressources fait partie de la culture insulaire, et l’expérience des anciens peut constituer un patrimoine précieux ». C’est ce qu’ont compris les habitants des Iles Marquises (lien avec l’article PALIMMA). Dans le cadre de la candidature de l’archipel au Patrimoine mondial de l’Unesco, avec une équipe de scientifiques et l’appui de la Fondation de France, les Marquisiens ont en effet souhaité recenser les éléments de leur patrimoine culturel en lien avec la mer… et sauvé ainsi de l’oubli plus de 900 « éléments » : techniques, légendes, rituels ou recettes médicinales… !

Inventer un nouveau rapport à la nature

Autre défi écologique : la spécificité de la biodiversité insulaire. « Un écosystème insulaire est toujours un écosystème simplifié, explique Denis Bredin. Le nombre d’espèces est plus limité, certaines espèces sont endémiques d’une seule île, comme le narcisse des Glénans ou la bruyère vagabonde présente dans les landes de l’ïle de Groix. » Mais cette « spécialisation » est une source de fragilité, l’arrivée d’un nouveau prédateur (souvent transporté par bateau), l’introduction d’intrants chimiques ou tout simplement le piétinement des randonneurs… pouvant déstabiliser très rapidement les équilibres écologiques. L’île de Sein ou l’île de Houat s’attèlent ainsi à la lutte contre les rats (venus par le bac !) et les chats errants (abandonnés par les estivants)… qui menaçaient radicalement l’Océanite tempête, un petit oiseau endémique qui niche au sol.

On le voit : la préservation de cette nature unique se heurte aux enjeux de développement économique, principalement liés au tourisme. Entre sanctuarisation, préservation et domestication, quel modèle de gestion du patrimoine naturel inventer ? Quel équilibre dynamique penser entre l’homme et son milieu ? Comment encourager le dialogue lorsque les enjeux sont multiples et parfois antagonistes ? La question est au cœur des démarches participatives menées sur l’île de Porquerolles (lien avec l’article CAP 2050), avec le soutien du programme Littoral et mer de la Fondation de France

Vivre et travailler sur mon île ?

Enfin, il y a les défis économiques et sociaux. Comment « vivre et travailler au pays » quand celui-ci est un « confetti » posé sur l’océan ? L’évolution très préoccupante du secteur de la pêche, et notamment la diminution des stocks et des captures, a naturellement frappé de plein fouet les économies insulaires, parfois totalement dépendantes de cette ressource. Leur nouvel impératif : développer à la fois des pratiques de pêche durable et de nouvelles activités, comme le tentent les habitants de Saint Pierre et Miquelon (lien avec l’article ATLANTILES) , accompagnés par la Fondation de France.

Second problème : les chocs démographiques. Au pluriel, car deux phénomènes opposés se combinent : l’isolement tout au long de l’année, et la surpopulation en période estivale ! « Comme certaines régions rurales excentrées, nombre d’îles n’ont pas la taille critique pour maintenir des infrastructures en matière d’emploi, de santé, d’éducation, de prise en charge du grand-âge, souligne Thierry Gissinger. Ce qui oblige ceux qui veulent rester ou s’installer à être innovants et à multiplier les expérimentations. »  Car loin de l’image traditionnelle d’un exode irrépressible, de plus en plus de jeunes tentent l’aventure de la création d’entreprise sur une île, attirés par l’environnement et une qualité de vie si spécifique. Quels sont les ressorts de leurs succès et les difficultés qu’ils surmontent ? Comment les politiques publiques pourraient-elles s’adapter à cette nouvelle tendance ? C’est ce qu’ont voulu explorer les chercheurs de l’Université de Brest, dans les îles du Ponant (lien avec l’article IDIles) mais aussi en Polynésie avec l’appui de la Fondation de France.  

Mais si l’isolement peut être une épreuve, les pics démographiques liés au tourisme sont également déstabilisants. D’un côté, l’afflux de touristes et l’engouement pour certaines îles à leurs habitants un marché et des opportunités professionnelles précieuses. De l’autre, le prix du logement y devient rédhibitoire, posant même des problèmes pour assurer l’hébergement des travailleurs au service… des estivants ! Le phénomène est bien connu sur le littoral, où les travailleurs locaux s’installent progressivement à l’intérieur des terres, une option impossible pour les îliens.

« Comment gérer intelligemment la manne touristique, comment l’articuler harmonieusement avec d’autres activités comme l’agriculture, l’artisanat et les services… reprend Thierry Gissinger. C’est le défi de ces territoires, mais aussi de nombreuses régions à haute valeur patrimoniale ! » Les réponses passent par l’association et la participation des habitants, par exemple dans une logique d’économie circulaire et de relocalisation d’activité, comme à Belle-Ile-en-mer, (lien article Voix lactée)  où un collectif d’éleveurs soutenus par la Fondation de France s’organise pour développer une filière de transformation laitière belliloise, qui sera distribuée et consommée sur place… notamment par les estivants !

Quand la philanthropie accoste sur les îles

La plupart des appels à projets de la Fondation de France voient remonter de nombreux dossiers issus d’associations basées sur les îles… preuve du dynamisme des collectifs et associations dans ces territoires ! Les programmes « Littoral et mer » et « Transition écologique » sont bien entendu particulièrement mobilisés sur les enjeux insulaires, ainsi que le programme Urgences qui a soutenu la reconstruction et l’aide à la relance économique sur les îles touchées par des catastrophes naturelles majeures (Haïti, Antilles…). Mais la Fondation de France s’engage également à travers de nombreux projets dans le le champs de la vulnérabilité (accès à l’éducation, personnes âgées, santé des jeunes…) où la philanthropie joue aussi un rôle en terme de continuité territoriale.

Plus de 85 fondations abritées par la Fondation de France s’impliquent sur des territoires insulaires. La préservation et de la protection de l’environnement les préoccupent, comme par exemple La Fondation Iris, qui organise des expéditions  "Sciences et Images"  pour étudier les sites fragiles ou à forte biodiversité afin d’en promouvoir la préservation. Mais elles s’engagent également massivement pour aider les jeunes îliens à financer leurs études sur le continent (37% des subventions concernant des îles sont des bourses d’études), et les autres à s’insérer dans la vie professionnelle (Fondation BTP Plus, Fondation BNP Paribas ou encore Fondation Carasso).
Autre exemple : miser sur le numérique pour désenclaver les territoires et relier les acteurs qui innovent et dynamisent le lien social (Fondation AFNIC) !