Tribune

« Il est urgent d’agir ensemble pour le Climat », par Axelle Davezac

Cet article a été publié dans Alliance magazine en août 2021.

La question environnementale mobilise la Fondation de France depuis près de 50 ans. Depuis les années 70 à la suite des marées noires, la Fondation de France met en place des programmes pour répondre à l’urgence climatique, la transition écologique, la préservation de la biodiversité et inventer un nouveau mode de production alimentaire. Axelle Davezac, directrice générale, répond aux questions du magazine Alliance sur l’engagement de la Fondation de France et de ses fondations abritées en faveur de l’environnement.

portrait_axelle_davezac_2021.jpg

Votre organisation est-elle engagée en faveur du changement climatique ou a-t-elle développé un plaidoyer en faveur du climat ?

La Fondation de France est convaincue du rôle que peuvent jouer les fondations face à l’enjeu climatique. Elle est engagée depuis les années 70 pour cette cause et reste aujourd’hui le premier soutien privé des associations en consacrant chaque année plus de 20 millions d’euros pour l’environnement, à travers son programme et ses différents axes d’actions (lutte contre le réchauffement climatique, préservation des littoraux…). Elle a également rejoint la Coalition Française des Fondations pour le Climat, dès sa création en 2020, pour favoriser une action commune et coordonnée des fondations et défendre une conviction : la mobilisation de la société civile est essentielle pour trouver et mettre en œuvre des solutions innovantes, initier des coopérations nouvelles et changer en profondeur nos façons de produire, de consommer et de vivre.

Quelles sont les causes de l’engagement de la Fondation de France en faveur du climat ?

Engagée depuis plus de 50 ans pour l’environnement, la Fondation de France s’est historiquement emparée de la question dès les années 1970, dans le contexte des chocs pétroliers. Elle a ensuite initié plusieurs programmes, dont celui en faveur de la préservation du littoral dans les années 1980, ou plus récemment pour développer la pratique de l’agroforesterie et des modes de production plus respectueux de la biodiversité. En 2020, elle a soutenu plus de 900 actions, aux côtés des 100 fondations qu’elle abrite, également engagées pour cette cause.

Pouvez-vous donner un exemple d’action mise en place par la Fondation de France pour lutter contre le changement climatique ?

Pour avoir un impact plus fort dans le secteur, la Fondation de France encourage les associations et autres acteurs de terrain à limiter les impacts négatifs de leurs actions. Dans cette perspective, elle leur propose une aide spécifique baptisée « e+ ». Concrètement, ce soutien prend la forme d’un accompagnement méthodologique pour évaluer l’empreinte environnementale d’une action donnée, et identifier les solutions pour limiter les impacts éventuels sur l’environnement. Les solutions proposées portent aussi bien sur l’évolution des pratiques écoresponsables quotidiennes de l’organisation ou encore sur la réalisation d’études énergétiques ou de diagnostics environnementaux.

A l’heure où la question climatique est un sujet sociétal, comment intégrez-vous cet enjeu au sein de votre action ?

Pour agir efficacement, la question climatique doit être prise en compte dans toutes les actions menées. Il faut d’abord faire prendre conscience à tous les intervenants que la question du climat doit être envisagée dans de nombreux process, production, consommation, éducation, habitat, mode de vie…  C’est la raison pour laquelle nous l’avons intégrée dans tous nos programmes d’actions. Prenons l’exemple de l’association Pain et Partage que nous soutenons : ce réseau de boulangeries solidaires distribue du pain bio dans les quartiers nord de Marseille. Son action ne se limite pas à faire du pain : au-delà de la création d’emplois inclusifs, la priorité donnée aux circuits courts et à l’utilisation de matières premières produites durablement contribue à la lutte contre le changement climatique.

Votre action en faveur de l’environnement vous a-t-elle incité à repenser votre politique de placement financier ? si oui, comment ?

La politique de placements financiers de la Fondation de France est en cohérence avec ses missions sociales et ses convictions : en plus des Investissements Socialement Responsables, la Fondation de France a lancé en 2019 le fonds à impact social et environnemental France 2i, d’un montant de 100 millions d’euros. L’objectif de ce fonds est d’investir directement dans des sociétés qui imaginent de nouveaux outils pour lutter contre le changement climatique, réduire les inégalités, contribuer à une croissance durable et partagée... Dès sa création, ce fonds a investi 32 millions d’euros dans neuf sociétés engagées pour la transition énergétique, la transition agricole ou encore la préservation des océans.

Quels impacts avez-vous constaté à la suite de votre action en faveur du changement climatique ? Avez-vous un exemple de récit ?

Ces deux dernières années, le dispositif « e+ » a permis de soutenir 217 structures réparties sur tout le territoire français. Les actions menées concernent aussi bien l’organisation d’ateliers collectifs de sensibilisation aux économies d’énergie et au tri sélectif que la réduction de l’impact environnemental au quotidien dans les bureaux. Autre constat très encourageant : le nombre croissant de fondations abritées qui s’engagent pour le climat.

Quels sont les défis auxquels vous êtes confrontés dans votre action environnementale ?

Au regard des moyens financiers nécessaires et de l’ampleur du sujet, la difficulté actuelle pour les fondations est l’identification d’une stratégie pertinente pour le climat, qui apporte une valeur ajoutée réelle, en complément de l’action des Etats et des entreprises. Les fondations, par leur capacité à soutenir des actions innovantes et à faire la démonstration de la pertinence de nouveaux modèles, ont un rôle spécifique à jouer en valorisant notamment les résultats obtenus.

Comment la Fondation de France a-t-elle convaincu le conseil d’administration de travailler sur la question climatique, ou comment a-t-elle orienté son action au sein de ses missions sociales ?

Au regard du défi majeur qu’est la lutte contre le changement climatique, la question posée par le Board est celle de l’efficacité et de la valeur ajoutée des actions menées par la Fondation de France. La stratégie proposée, à travers des dispositifs innovants comme l’accompagnement « e+» pour les associations, le programme littoral ou encore le lancement de la Coalition française des fondations pour le climat, permettent de confirmer la valeur ajoutée de la Fondation de France.

Pensez-vous que les fondations devraient rendre compte de leur engagement en faveur du climat ? si oui, comment ?

Nous avons naturellement intégré les 17 Objectifs de Développement Durable dans nos missions sociales comme dans notre fonctionnement interne. Depuis 2019, nous identifions pour chacun des 10 000 projets soutenus les ODD auxquels ils contribuent. Ces indicateurs constituent un référentiel précieux et commun pour orienter les actions de la Fondation de France et de ses fondations abritées.  L’ODD 13 « Lutte contre les changements climatiques » arrive aujourd’hui en 5ème position des actions menées. Ce référentiel permet de définir et d’ajuster la stratégie d’actions au regard des objectifs fixés.

Avez-vous des recommandations pour d’autres fondations qui souhaiteraient s’engager en faveur du changement climatique ?

J’encourage toutes les fondations à intégrer pleinement la question du climat dans leurs actions. Chaque geste compte et contribue aux changements indispensables à mettre en œuvre. Chacun de nous peut agir à sa manière et à son échelle. Je les invite également à rejoindre des groupes qui agissent déjà tels que la CFFC, soutenue à l’échelle internationale par le WINGS. Agir ensemble, c’est le sens des alliances que la Fondation de France noue avec ses partenaires et lors d‘ateliers d’échanges de bonnes pratiques avec d’autres fondations. Nous constatons avec joie que les actions pour le climat sont en croissance régulière à la Fondation de France. Il faut poursuivre en ce sens car il est urgent d’agir !