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Finance solidaire : aller plus loin avec le fonds à impact

Plus de 11 milliards d’euros. C’est aujourd’hui ce que représente l’investissement dans la finance solidaire en France. Et le montant ne cesse de progresser : + 18 % en 2017[1], un record ! Ce dynamisme a deux raisons principales : la prise de conscience par les Français des enjeux environnementaux et sociétaux, et l’impossibilité pour le secteur financier d’ignorer ces sujets qui impactent directement son image et son attractivité. Si l’on ajoute à cela que les placements financiers s’avèrent désormais moins rentables et que, en parallèle, la finance solidaire devient plus compétitive, les investisseurs n’ont désormais plus à choisir entre éthique et rentabilité.

Bien sûr, ce développement de la finance solidaire est une excellente nouvelle mais il conduit à modifier substantiellement le métier de l’investissement : comment s’assurer que tous ces fonds sont bien investis dans des activités solidaires, et surtout efficaces à long terme ? La création des fonds à impact est une nouvelle étape dans cette évolution, puisqu’il ne s’agit plus de partager une partie des revenus ou d’accepter une rentabilité moindre mais d’investir dans des sociétés dont l’objet même a une finalité sociale ou environnementale.

C’est toute l’ambition des fonds à impact, et notamment du fonds France 2i récemment lancé par la Fondation de France. Il s’agit d’une innovation majeure dans le secteur des fondations qui vont ainsi pouvoir investir directement dans des structures – ou des fonds de placement – agissant pour l’intérêt général. Avec comme premier critère de sélection : l’impact social ou environnemental. La Fondation de France a investi, par exemple, dans le fonds Hémisphère, spécialisé dans l’hébergement d’urgence des personnes en situation de grande précarité : 6 000 places créées.

Définir le bon portefeuille d’entreprises à soutenir dans la durée

Le choix des structures à soutenir dans ce cadre n’a rien d’évident : rares sont les activités exclusivement « bonnes » ou « mauvaises » dans tous les domaines. De nombreuses industries polluantes convertissent aujourd’hui à marche forcée leurs activités : une grande entreprise dans l’industrie textile annonçant récemment que 80 % de l’énergie consommée dans ses usines, magasins et bureaux proviendront de sources renouvelables et ne produiront aucun déchet. Inversement, une entreprise d’agriculture biologique peut produire des aliments irréprochables sur le plan environnemental, tout en ayant des pratiques moins exemplaires dans le domaine social. Sans oublier les entreprises qui, créées au départ dans un but strictement capitaliste, affichent leur volonté de « s’améliorer » : c’est le cas d’innombrables marques de grande consommation, qui mettent en avant leurs efforts pour contribuer à un mode de production plus vertueux. Alors que les frontières se brouillent, comment décider du « bon » portefeuille d’entreprises à soutenir, dans le cadre d’un fonds à impact ?

La Fondation de France a décidé de mettre en place un comité de sélection pour évaluer l’impact généré par les entreprises étudiées : des experts capables d’évaluer les critères sociaux et environnementaux. Au-delà de l’aspect purement financier, c’est à eux de décider si, pour une entreprise ou une organisation donnée, l’impact positif l’emporte sur les éventuels effets négatifs. Il sera également demandé aux dirigeants des entreprises soutenues de prendre des engagements précis sur un plan de performance impact, engagements qui feront l’objet d’un suivi strict. Il ne s’agit pas d’entrer dans une démarche de « surveillance morale », mais de s’inscrire dans une logique de partenariat de long terme, au service d’un impact systémique et durable sur la société.

C’est une responsabilité majeure pour les fondations, car leur soutien est souvent perçu comme une caution et attire ainsi potentiellement d’autres investisseurs.

Avec le fonds à impact, la finance solidaire prend une nouvelle dimension et devient plus articulée, plus réfléchie, plus mature. Une évolution cohérente avec les sommes en jeu : 100 millions d’euros dans le cas de la Fondation de France, qui sera l’un des principaux acteurs dans ce domaine. Et adresse ainsi un message fort à tous ceux qui souhaitent entreprendre ou investir en faveur d’un monde plus juste, plus humain, et plus durable.

 

[1] Source : 16e baromètre de la finance solidaire, Finansol, 2018.

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Olivier Neumann est le directeur financier de la Fondation de France.

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