banniere-zen-forte.jpg

Femmes et sport

Femmes : reprendre le contrôle de sa vie sur un tatami

26/05/2021

A l’occasion de la Journée internationale d’action pour la santé des femmes, le 28 mai, focus sur l’association Okinawa Club qui redonne force et confiance aux femmes fragilisées, grâce à la pratique du karaté. Une action soutenue par la Fondation de France dans le cadre de son programme  « Femmes et Sport : vers un nouveau départ ! »

La vie des femmes est parfois un sport de combat. Et davantage encore pour celles qui ont connu un parcours difficile, ont été victimes d’agression ou de violences conjugales…  Pour ces femmes, retrouver confiance en soi et en les autres, se sentir à nouveau libre d’agir et ne plus subir, ou simplement faire des projets est alors une longue remontée. C’est pour accompagner ces destins abîmés par l’existence à reprendre leur élan que la Fondation de France a lancé le programme « Femmes et sport : vers un nouveau départ ! ». Depuis décembre 2020, il soutient des actions permettant aux femmes de se reconstruire, tant physiquement que psychiquement, grâce la pratique d’activités sportives adaptées et placées au centre d’un accompagnement plus global. Boxe, danse ou running, qu’importe la discipline. Le sport, et plus encore quand il est collectif, est un formidable levier qui permet de se réapproprier son corps et d’agir sur le mental, tout en recréant du lien social.

Le karaté pour réapprendre à faire face à l’autre, en confiance

Au Havre, c’est par le karaté que des femmes fragilisées viennent puiser la force nécessaire à leur reconstruction. Depuis deux ans, le club Okinawa a mis au point, avec la responsable du centre médico-social, le programme « + Zen + Forte », qui accueille autour de la pratique de l’art martial une trentaine de femmes âgés de 20 à 60 ans. Chaque semaine, sous le regard bienveillant de David Tiennot, l’éducateur sportif du club, Séverine, Nathalie et les autres se donnent rendez-vous durant une heure pour s’initier au karaté. « Ici on n’est pas dans la performance, explique David Tiennot. Les filles sont là pour retrouver confiance en elles. On travaille beaucoup la gestuelle, la concentration, le contrôle de la force. Le karaté est très profitable car il met en situation de face à face : comment bloquer les coups, en donner, se positionner face à l’autre. C’est un bon moyen pour les femmes de se réapproprier des gestes négatifs, comme les coups de pieds. Le kimono, la cadre du dojo et tout le rituel apportent en plus un cadre très sécurisant. »

Après chaque séance, un temps d’échange de 30 minutes est assuré par une assistante sociale, durant lequel les femmes sont invitées à partager leur ressenti. Celles qui le souhaitent peuvent également bénéficier de l’accompagnement d’une psychologue et d’une sexologue.

illus-zenforte.jpg

Des participantes et le professeur David Tiennot au dojo. © Nicolas Cleuet

 

« Ça m’a sauvé la vie »

Séverine n’a pas encore osé consulter mais elle compte le faire bientôt, c’est sûr. A 38 ans, cette maman de 3 enfants qui n’a toujours connu que la violence est aujourd’hui en pleine renaissance « J’ai commencé il y a huit mois et ça m’a sauvé la vie. Je suis sortie de l’enfer. Je ne pensais pas pouvoir avoir une autre vie mais si. J’ai l’impression d’être enfin devenue la femme que j’aurais dû être…. Au début ça a été difficile, surtout quand il a fallu que je sois celle qui donne les coups. J’ai beaucoup pleuré, je ne pouvais pas… Le groupe m’a beaucoup aidé, j’y ai trouvé des amies qui me comprennent. Depuis un mois j’ai arrêté mes antidépresseurs et je suis en stage pour travailler dans le périscolaire. Mes enfants disent que je suis une super maman. »

La métamorphose de Séverine n’est pas la seule. C’est aussi le cas pour une grande partie des bénéficiaires du programme, dont Nathalie, une toute jeune grand-mère de 54 ans, en pleine reconversion professionnelle. Arrivée il y a à peine un mois et demi, ayant perdu toute confiance en elle et « démolie de l’intérieur », elle confie : « Au début j’étais fermée et je ne parlais à personne, il y avait tellement de colère en moi… Et j’ai réussi à évacuer tout ça en venant au karaté et aussi à la boxe. Maintenant je vis à nouveau, je fais plus attention à moi, je soigne mon apparence, je me maquille, j’arrive même à plaisanter avec les autres. Mais la chose importante, c’est que j’ai pu enfin déposer plainte. Je n’ai plus peur des menaces. »

Des femmes plus ouvertes, plus sereines et plus libres grâce au karaté, tel est le bilan dressé par David Tiennot qui constate chaque semaine les progrès parcourus par celles qu’il appelle chaleureusement « les filles ». Pour enrichir l’accompagnement, le club prévoit dès septembre 2021 de faire appel à une conseillère en image du centre d’esthétique Beauté Solidaire ainsi qu’à une greffière pour orienter et faciliter les démarches administrative et juridiques des femmes.