Un drapeau français et des gerbes de fleurs sur la promenade des anglais après les attentats de nice

Ensemble face au terrorisme

Entretien avec Thierry Baubet, président du comité d’experts bénévoles Ensemble face au terrorisme

Entretien avec Thierry Baubet, président du comité d’experts bénévoles Ensemble face au terrorisme de la Fondation de France.

Le professeur Thierry Baubet est pédo-psychiatre à l’hôpital Avicenne à St Denis, et pilote les cellules d’urgence médico-psychologiques (CUMP) de St Denis.

 

Un an après la tragédie à Nice, quel bilan tirez-vous ?

Nous avons lancé Ensemble face au terrorisme alors que la France était sous le choc d’événements tragiques et impensables. Conçu comme un programme d’urgence, il s’avère avec un peu de recul que le soutien s’inscrit en fait dans une temporalité plus longue. Chaque semaine, de nouvelles demandes nous parviennent. Elles ont ainsi été plus nombreuses 6 mois après l’attentat qu’à son lendemain. Nous répondons à des personnes qui, un an après les faits, subissent encore les effets du stress post-traumatique, qui réalisent qu’elles ne supportent plus de vivre dans la ville où le drame s’est déroulé ou qui ont du mal à maintenir une vie sociale. Nous soutenons également des projets associatifs visant à accompagner les personnes dans la durée : projets d’art-thérapie, séjours thérapeutiques, etc.

Quels sont les besoins des personnes prises en charge ?

Il importe de comprendre les spécificités très particulières de l'accompagnement des personnes victimes d'actes terroristes. Les démarches à entreprendre sont mal connues du grand public, mais aussi par les victimes elles-mêmes ! Les aspects administratifs, légaux, médicaux auxquels elles doivent faire face sont complexes et longs. Pour certaines victimes, ce n'est qu'une fois ce premier stade dépassé qu'elles prennent conscience de leur souffrance psychique, sociale…

Parlons aussi du statut de victime. La prise en charge par le Fonds de garantie des victimes du terrorisme (FGTI) est déterminante dans la reconstruction intime des personnes, car la reconnaissance de leur douleur, de l’angoisse et d’un avant/après irréversible est capital dans leur chemin vers la résilience. La question des « aidants » par exemple est très signifiante. Ces personnes venues au secours des victimes à la suite des attentats ont elles-mêmes été profondément choquées, et sont souvent victimes des mêmes difficultés que les personnes directement visées par les actes terroristes. Cependant, le statut de victime ne leur est pas reconnu, laissant un vide immense dans leurs possibilités de reconstruction personnelle.

Comment la Fondation de France va-t-elle continuer d’aider les victimes ?

Nous avons réuni les associations d’aide aux victimes ainsi que des victimes elles-mêmes pour orienter au mieux les fonds encore disponibles. Nous avons fait le constat d’une vulnérabilité spécifique des personnes déjà fragilisées avant les attentats. Les situations de détresse sociale ou psychique sont en effet de formidables terreaux à l’enkystement des effets du stress post-traumatique. Certaines personnes sont dans une telle angoisse qu’elles sont dans l’incapacité totale de reprendre une activité professionnelle.  Si la résilience est évidemment possible, elle est souvent longue et ne permettra pas d’effacer les traumatismes et les douleurs, marquant le quotidien des personnes sur le très long terme. Ainsi, au-delà du soutien psychologique évidemment indispensable, d’autres types de soutiens sont à envisager. L'accompagnement par un travailleur social professionnel au sein des associations de victimes semble de plus en plus nécessaire afin de proposer des solutions au plus près des réalités de chaque victime, toujours différentes.