Un jeune en situation de décrochage scolaire à la bouture.

Urgences

3 questions à Martin Spitz, Responsable des Urgences de la Fondation de France

Pourquoi la Fondation de France a-t-elle organisé une collecte pour aider les victimes des attentats et leurs proches, alors qu’il existe un Fonds d’aide aux victimes du terrorisme ?
 
Il y a trois raisons majeures :
D’abord, le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et autres infractions (FGTI) ne couvre pas tous les cas. Certaines situations ne rentrent pas dans les critères de prise en charge car il n’y a pas de lien familial direct, ou pas de preuve de la présence sur les lieux au moment de l’attaque…, et il y a des laissés pour compte, dont la vie a été pulvérisée, et qui se retrouvent totalement démunis : ce sont ces personnes fragilisées que va aider la Fondation de France.
Ensuite, diverses « cagnottes » se développent de façon spontanée sur internet, mais leur origine et l’utilisation des fonds ainsi collectés ne présentent pas de garanties et laissent des doutes. Or de nombreuses personnes veulent exprimer leur solidarité avec les victimes par un geste de générosité. Il est de notre responsabilité d’offrir la possibilité aux donateurs qui le souhaitent de faire un don en toute confiance, avec l’assurance que celui-ci sera bien utilisé pour l’aide aux victimes ou à leurs proches, ou à des actions de prévention contre la radicalisation.
Enfin, la solidarité dépasse les frontières quand un pays est ainsi frappé : à la suite des attentats à Paris de novembre comme au lendemain de l’attentat de Nice, nous avons été sollicités par des donateurs américains notamment qui veulent exprimer leur solidarité avec la France : c’est pour cela que nous avons mis en ligne le site internet « Give for France ».
 
Quels types d’actions la Fondation de France mène-t-elle dans ce domaine ?
 
De nombreuses personnes choquées ont besoin d’un soutien psychologique pour dépasser le traumatisme ; pour d’autres, il peut s’agir d’un accompagnement dans leurs démarches administratives pour faire valoir leurs droits, et pour les plus fragiles pour être orientés vers les dispositifs d’aide sociale.
A côté des dispositifs de soins existants souvent débordés, il faut renforcer les associations qui sont à l’écoute des besoins des personnes et des familles et en capacité d’apporter une aide adaptée à chaque cas.
Pour les personnes traumatisées, le soutien psychologique doit parfois s’étaler sur plusieurs années. Certaines personnes pensent n’avoir pas besoin d’un soutien, mais s’effondrent après quelques mois. Le traumatisme peut se traduire par une totale incapacité à vivre, à reprendre le travail ou à exercer une activité, par des troubles physiques graves, et les difficultés s’enchaînent : perte de revenus, perte du logement…
Après les attentats du 13 novembre à Paris, nous avons soutenu deux associations de victimes : Life for Paris, créée par des rescapés du Bataclan qui aide 700 personnes à se reconstruire, et l’association 13 onze15, fraternité et vérité qui permet à 500 adhérents, victimes et leurs proches, de se rencontrer, d’échanger, de s’entraider et d’agir pour obtenir réparation et justice. Ces associations sont essentielles pour accompagner les victimes dans la durée et éviter l’isolement en développant la solidarité entre elles.
Nous avons également établi un partenariat avec le réseau national d’associations de professionnels au service des victimes (INAVEM) qui réunit des associations d’aide aux victimes dans chaque département comme HARJES ou MONTJOYE dans les Alpes-Maritimes.
 
Pourquoi le programme « ensemble face au terrorisme » soutient-il également des actions de prévention à la radicalisation ?
 
Par ses divers programmes, la Fondation de France est engagée depuis de nombreuses années pour renforcer le lien social entre les habitants.
Depuis les attentats de janvier 2015, elle a créé des axes pour étendre son action, notamment pour sensibiliser et éduquer les jeunes adolescents, développer leur esprit critique face aux médias et aux réseaux sociaux, les aider à déconstruire les « théories du complot ».
La sécurité et la capacité de vivre ensemble en paix en France malgré les attentats nécessite l’implication de tous les citoyens. La Fondation de France y participe en soutenant des associations engagées dans des actions concrètes, sur le terrain, avec les jeunes et la communauté éducative (parents, éducateurs, enseignants). Elle soutient par exemple un projet qui concerne 12 classes de collège, et qui s’étalera sur 3 ans : avec les 6ème sur la construction d’une rumeur ; avec les 5ème, sur le complot ; avec les 4ème, sur l’embrigadement.
Au-delà des réponses nécessaires en termes de sécurité et d’aide aux victimes, il faut mettre en place des actions de prévention, dans la durée, qui favorisent la tolérance, le respect des différences…