En Afrique, les femmes et les jeunes sont l’avenir… de l’agriculture

International

En Afrique, les femmes et les jeunes sont l’avenir… de l’agriculture

31/07/2018

En Afrique de l’Ouest, l’agriculture familiale produit 90 % des denrées alimentaires. Son développement représente donc un enjeu crucial, tant dans la lutte contre la pauvreté, l’insécurité alimentaire, le chômage et l’exode rural, que pour le changement climatique. Donner plus de pouvoir aux jeunes et aux femmes dans les structures de production : c’est l’un des leviers de ce développement !

Pour valoriser cette production agricole locale et encourager sa mutation vers des pratiques durables, la Fondation de France s’engage depuis 2016 dans un programme dédié, baptisé JAFOWA (Joint Action for Farmers’Organisations in West Africa). Ce programme, mené en collaboration avec 3 autres fondations européennes et américaine, accompagne les organisations paysannes du Burkina Faso, du Sénégal et du Ghana, investies dans l’agro-écologie.

Vers un leadership plus jeune et plus féminin

L’un des enjeux majeurs de ce programme : favoriser l’émergence des femmes et des jeunes dans les instances de gouvernance des structures paysannes. Cette redistribution du leadership, répond à un double constat. « La main d’œuvre agricole de ces régions est en majorité féminine, ce sont bien souvent les femmes qui assurent la production et la transformation des denrées, sans pour autant peser sur les décisions. Quant aux jeunes, ils sont de plus en plus nombreux à partir vers les villes, pour y trouver du travail. Leur permettre de prétendre à un minimum d’autonomie dans la conduite des productions agricoles serait un moyen de les retenir dans le secteur agricole. » explique Karine Meaux, responsable des Solidarités Internationales au sein de la Fondation de France.

Dépasser les freins socio-culturels

C’est pour sensibiliser à ces questions et y apporter des réponses concrètes, que le programme JAFOWA a organisé un atelier-débat de deux jours en juillet 2018. Réunis à Thiès, au Sénégal, une vingtaine de représentants d’organisations paysannes, soutenues par le programme s’y sont donnés rendez-vous pour partager leur expérience. Les débats ont mis en lumière les nombreux freins socio-culturels à une plus juste répartition du pouvoir. Persistance de schémas ethniques, religieux et organisationnels mais aussi crainte de représailles et manque de confiance en soi… le sujet reste sensible !

Des outils pour redonner confiance et pouvoir d’action

Pour promouvoir l’émergence des jeunes et des femmes au sein de la gouvernance, un dispositif d’accompagnement global s’avère nécessaire.  « L’accès aux prêts, l’éducation, la formation à la gestion financière, l’approche inclusive et le mentorat sont des pistes à développer pour une meilleure inclusion des jeunes et des femmes dans le leadership à l’échelle nationale et régionale » souligne Clifford Adagenera, un représentant du groupement de paysans GNSBFA. D’ores et déjà, plusieurs actions ont été mises en place : ateliers d’alphabétisation pratique, coaching, stages et formations. Parallèlement, le recours à des outils de financements adaptés et accessibles, a été encouragé pour permettre aux plus modestes de financer leurs projets, grâce par exemple au micro-crédit ou à des systèmes d’épargne communautaire.

Des initiatives qui donnent déjà des résultats

Fortes de leur expérience, les organisations soutenues par le programme JAFOWA ont pu partager leurs premières avancées en matière d’intégration des jeunes et des femmes. Certaines ont ainsi adapté leurs statuts ou créé des quotas pour une meilleure inclusion. Des collèges de femmes et de jeunes se sont également organisés pour porter leur parole auprès des instances dirigeantes. En ce qui concerne la capitalisation, un partage de bonnes pratiques a pu montrer tout l’intérêt de certains outils financiers. Comme en témoigne Mame Cisse, du Roprocas, un réseau de femmes productrices : « Grâce au micro-crédit, les femmes du réseau ROPROCAS ont augmenté leur revenu, allégé leurs travaux et participent désormais au budget des ménages. La négociation avec les hommes est mieux perçue. Certaines deviennent alors incontournables dans la vie politique de leur communauté, et les femmes leaders sont de plus en plus sollicitées. »