Voie Lactée : Du lait made in Belle-Ile-en-Mer

Alimentation durable

Du lait « made in » Belle-Ile-en-Mer

29/11/2018

Fabriquer localement le lait et les produits laitiers consommés à Belle-Ile-en-Mer, au lieu de les importer à grand renfort de camions : c’est l’objectif du projet Voie Lactée. Une démarche économique et écologique, mené par un groupe d’éleveurs accompagnés par la Fondation de France.

Il fut un temps où les habitants de Belle-Ile-en-Mer consommaient du lait et du fromage fabriqués sur place. Aujourd’hui, la quasi-totalité de la production laitière locale est vendue à des industriels et exportée sur le continent. Quant au lait et aux produits laitiers consommés dans l’île, ils sont en grande partie importés !

Une situation insatisfaisante, à deux titres. Economique d’une part : le lait « ilien », grevé des coûts de transport, est peu compétitif… alors qu’avec la fin des quotas laitiers et la promulgation de la loi NOTRE, les agriculteurs voient fondre leurs revenus. Ecologique ensuite : outre l’impact carbone lié au transport, les prairies à forte valeur patrimoniale, très bénéfiques au maintien de la biodiversité, reculent au détriment des zones de friches. 

Deux bonnes raisons pour relocaliser la production et la transformation laitière, et lancer le projet joliment baptisé « Voie Lactée ».

Une démarche issue du terrain

« Voie Lactée est né en 2013 sur le terrain, après une consultation des éleveurs laitiers locaux. Ils ont eux-mêmes défini l’objectif - ne plus mettre le lait dans les camions - et réfléchissent ensemble aux moyens d’y parvenir », souligne Guillaume Février, responsable du projet. Un trio d’animateurs accompagne les éleveurs. Le CPIE* de Belle-Ile-En-Mer et la Chambre d’Agriculture leur apportent leur expertise technique. Quant au GERDAL**, il a missionné une sociologue spécialiste du changement dans le monde agricole. « Nous nous réussissons régulièrement pour aider les éleveurs à exprimer leurs besoins et leurs difficultés puis à dessiner les contours de solutions possibles. Nous avançons par étapes, en liaison étroite avec les autres acteurs concernés, comme la communauté de communes ou la Région Bretagne, avec laquelle nous avons noué un partenariat dans le cadre du 4ème appel à projets pour une agriculture écologiquement performante. », précise Guillaume Février.

Des consommateurs citoyens

Si le projet est assez avancé sur le plan technico-économique, des points cruciaux restent à trancher comme le statut juridique de la structure qui portera la production et la transformation laitière locales. Quant au sujet « environnement », il irrigue toute la démarche. « Les éleveurs ne vont pas forcément s’orienter sur du bio. Mais ils devront répondre à la demande de clients attentifs à la qualité et à la durabilité des produits. Ces consommateurs, avec lesquels nous organisons des rencontres et débats, sont sensibles à la création d’une filière alimentaire  responsable. Nous savons d’ores et déjà qu’il faudra proscrire les emballages en plastique, par exemple », note Guillaume Février.

Pour mener à bien Voie Lactée, ses initiateurs s’appuient sur des expériences menées ailleurs. Dans quelques années, le projet pourrait lui même être une source d’inspiration. Il est en effet mené avec le souci constant d’analyser et partager les enseignements de l’expérience. « En ligne de mire : la rédaction d’un guide méthodologique utilisable pour mener à bien d’autres projets de territoire » explique Guillaume Février. L’essaimage, levier essentiel pour parvenir à nourrir les hommes en préservant les écosystèmes !

 

*Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement.

** Groupe d’Expérimentation et de Recherche : Développement et Actions Localisées.

 

Le projet en chiffres clés

Aujourd’hui, sur les 10 éleveurs laitiers installés à Belle-Ile-en-Mer, 8 travaillent uniquement avec les industriels du continent. La production laitière annuelle dans l’ile est de 2,3 millions de litres. Soit, en théorie, un volume suffisant pour répondre aux besoins locaux.