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Philanthropie

Développement des territoires : la philanthropie pour transformer les idées en projets

Le territoire représente une valeur culturelle et identitaire qui rassemble et mobilise. Pour répondre aux enjeux locaux, des fondations dédiées – dont les fondations territoriales – ainsi que des programmes spécifiques se développent à travers la France. Certaines régions, particulièrement fragiles socialement et économiquement, nécessitent des actions ciblées. Avec une conviction : s’appuyer sur les ressources locales et la capacité des acteurs à relever ensemble les défis de leur territoire.

L’urgence d’agir socialement à l’échelle locale s’explique à plus d’un titre. Outre la baisse régulière des subventions publiques aux associations, « l’arrivée de nouveaux acteurs porteurs d’idées et de nouvelles façons d’animer un territoire interrogent sur la manière de coopérer entre intervenants (associations, entrepreneurs, etc.) et de choisir un modèle économique fondé sur des ressources privées et/ou publiques » analyse Claire Boulanger, experte Solidarités nationales et éducation à la Fondation de France.

À l’ère des grands bouleversements économiques, sociaux et environnementaux, une nouvelle génération de fondateurs privés émerge. Leur atout : bousculer les schémas traditionnels de l’action territoriale pour recréer des coopérations efficaces localement. À l’image de la Fondation Fier de nos quartiers, créée à La Rochelle en 2011 par sept entreprises (elles sont 20 aujourd’hui) : « Nous rapprochons les entreprises et les quartiers prioritaires de la ville, en sensibilisant les premières à une démarche de responsabilité sociale en faveur des seconds, résume son délégué, Laurent Lheriau. C’est ainsi que nous cofinançons par exemple des initiatives pour réduire la fracture numérique ou développer des projets scolaires. » De la même manière, la fondation rochelaise favorise la phase d’amorçage qui précède la création d’entreprise grâce au « chèque FAE » de La Fabrique à Entreprendre. 

Une approche agile : impulser, former…

Depuis une dizaine d’années, la Fondation de France accompagne l’action territoriale pour permettre aux acteurs locaux (associations, habitants, collectivités, etc.) d’imaginer ensemble des réponses adaptées aux enjeux de leurs quartiers, de leur ville, voire de leur département. Mais parfois, cela ne suffit pas à venir à bout de l’isolement social de certains bassins de vie où aucune initiative d’association ne voit le jour… Dès lors, il convient d’intervenir autrement, de changer de méthode pour aller au plus près des populations et les inciter à passer à l’action en étant accompagnés, pas à pas.

C’est dans ce but que la Fondation de France expérimente depuis 2014 une nouvelle façon d’agir, via le programme Dynamiques territoriales. Avec une double ambition : d’une part, soutenir l’émergence d’idées et de projets qui répondent à un besoin et sont porteurs de solidarité et de coopération ; d’autre part, encourager les initiatives collectives de proximité qui renforcent le pouvoir d’agir des habitants. Lancée dans un premier temps dans les agglomérations de Lens-Liévin et Hénin-Carvin (Mine d’idées) et dans les Hautes-Alpes (Hors-piste), l’expérimentation se poursuit aujourd’hui dans six territoires.

Pariant sur la force de l’action collective pour relever les défis des territoires de Lens-Liévin et Hénin-Carvin, la Fondation de France a conçu Mine d’idées avec les habitants, les entreprises, les associations et les collectivités. Avec l’aide des bénévoles de la Fondation de France qui connaissent parfaitement les lieux pour y vivre ou y avoir travaillé. « Cinq ans plus tard, plus de 200 idées et projets ont été présentés, et près de 75 projets financés, soit trois fois plus qu’auparavant », se félicite Laure Decouvelaere, déléguée générale de la Fondation de France Nord.

… et passer le relais

Prenons l’histoire de ce garage solidaire de Lens, né d’une idée portée par des jeunes soucieux de répondre aux difficultés de mobilité sur leur territoire. Destiné aux personnes bénéficiaires de minima sociaux et aux demandeurs d’emploi, ce garage est animé par sept salariés. Trois mois après son ouverture, 30 véhicules étaient remis en circulation. Ailleurs, sur la commune de Sains-en-Gohelle, des jardins citoyens ont été créés pour répondre à l’envie croissante d’habitants de cultiver leur potager, devenu un lieu de vie et de partage entre voisins.

« Dès l’origine, l’ambition était d’avoir des partenaires pour nous accompagner dans l’aventure Mine d’idées, explique Laure Decouvelaere. C’est ainsi que Maisons & Cités, bailleur social qui gère les anciens logements des mineurs, a commencé par cofinancer des projets avec nous. Ils ont ensuite décidé de créer leur propre fondation avec le soutien d’entreprises locales issues de secteurs très divers comme le BTP, l’hôtellerie ou le sanitaire et social. »

Au printemps 2018, la dynamique ainsi impulsée était donc pérennisée par la Fondation territoriale des Lumières, qui a pris le relais de Mine d’idées. « Avec la méthodologie apprise de la Fondation de France, nous accompagnons les habitants dans la maturation de leur idée, jusqu’au dépôt d’un dossier structuré : nature du projet, modèle économique, modalités d’intervention…, explique Florence Quint, déléguée de la Fondation territoriale des Lumières. Fin 2018, nous aurons cofinancé entre sept et dix projets sur le territoire couvert par Mine d’idées, et sur d’autres limitrophes. »

 

Une illustration, parmi d’autres, de l’intérêt de l’approche territoriale et de la collaboration des acteurs locaux, pour réveiller les envies d’agir et concrétiser de nouvelles formes de solidarités.