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Méditerranée, d'une rive à l'autre

Des abeilles et des hommes

10/12/2018

Région de l’Atlas, Maroc Village d’Ait M’Hamed

Depuis sa création, en 2009, la coopérative Wabzaza a développé le centre apicole d’Ait M’Hamed, et anime régulièrement des sessions de formation pour apiculteurs. Résultat : 50 coopérants, plus de 2000 ruches actives, 8 tonnes de miel par an… mais surtout, toute une chaîne d’initiatives complémentaires (atelier de couture, menuiserie) qui essaiment sur le territoire. 

À quelques centaines de kilomètres à l’ouest de la Kabylie, en plein cœur de l’Atlas. Ici, les abeilles sont au cœur de la revitalisation du territoire ! Depuis sa création, en 2009, la coopérative Wabzaza a développé le centre apicole d’Ait M’Hamed, un village situé à vingt kilomètres d’Azilal, et animé plus de 500 sessions de formation pour apiculteurs. Aujourd’hui, le centre possède deux mille ruches, avec une production annuelle de huit tonnes de miel. Mais surtout, à partir de cette activité, c’est toute une chaîne d’initiatives qui a vu le jour. Dans ses locaux, la coopérative a également aménagé un atelier de couture qui confectionne des combinaisons d’apiculteurs, puis ouvert une menuiserie, aidant par ailleurs une dizaine de jeunes à créer leur microentreprise.

Ici, à Azilal, on dit que « le miel, c’est comme de l’or ». La coopérative Wabzaza a su, en effet, en exploiter le filon. Très enclavée, la commune rurale compte parmi les plus pauvres du Maroc. Femmes et jeunes y sont, comme partout, les plus touchés par la précarité. Le centre apicole a répondu à ce besoin d’insertion socio-économique. Avec un principe de base : partir du terroir, un trésor en soi dans cette zone classée « ZIP » (Zone importante pour les plantes). Située à haute altitude, la vallée, avec ses cinq versants, foisonne de thym, d’origan, d’euphorbes cactus, d’astragales… Première étape, la production de miel :  il a fallu acquérir des ruches, professionnaliser les amateurs, obtenir les certifications… Fille d’apiculteur, Fatma est chargée d’administration de Wabzaza. 

Sa voix, basse et douce, s’affirme soudain lorsqu’on lui demande ce que lui ont apporté ces années au sein de la coopérative : « De la confiance en moi. Aujourd’hui, je m’exprime en public ; il y a quelques années, je n’aurais même pas pu vous adresser la parole ! »

Deuxième étape, l’atelier de couture qui s’est développé grâce à des partenariats commerciaux locaux. Une « ruche » en son genre, où se forment six jeunes filles, déscolarisées : dessins et créations de patrons, coupe, confection des chapeaux voilés d’apiculteurs… D’abord timides, les jeunes filles s’animent dès qu’on évoque leur travail. Leur revenu aide-t-il leur famille ? « Oui, dit Fatima, 25 ans, qui soutient la scolarité de son frère. Mais l’argent, c’est aussi pour moi ! Avec mes économies, j’ai acheté deux machines pour des commandes de couture et de tricot. »

Troisième étape : la menuiserie, d’abord pour construire de nouvelles ruches… Mais rapidement aussi pour répondre aux besoins des habitants. « On venait taper à la porte : "S’il te plaît Mohamed, répare-nous cette fenêtre, ce meuble…", se souvient Mohamed Zayane, président de la coopérative Wabzaza. Alors, notre équipe a honoré d’autres commandes. C’est important, car la saison de récolte et de production e miel couvre seulement quelques mois. » Résultat :  en sept mois, trois jeunes ont intégré la menuiserie.

"J'ai appris à avoir confiance en moi. Aujourd’hui, je m’exprime en public ; il y a quelques années, je n’aurais même pas pu vous adresser la parole !"

Modèle d’inspiration pour d’autres coopératives dans la région, mais aussi à l’étranger – notamment  en Tunisie –, Wabzaza, a reçu le soutien de la Fondation de France et des autorités locales. La grande force de la démarche ? Avoir eu l’intelligence d’unir et de cultiver les compétences de sa cinquantaine de membres… pour déployer un éventail de projets. Chaque nouvelle initiative se nourrit ainsi de la précédente et s’inscrit dans une vision globale d’autonomie. « Il y a quelques années, on vivotait, explique Mohamed de son ton posé. Puis on a mutualisé le matériel, uniformisé nos normes d’hygiène, démarché des clients, diversifié nos activités. Résultat :  si une année est moins bonne, on a les reins solides pour tenir et, aujourd’hui, plusieurs familles ont dégagé ou amélioré leur revenu. » Sur les coteaux parfumés d’Azilal, les abeilles butinent et pollinisent… et pas uniquement les plantes.

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