Une jeune femme bénéficiaire de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée

Emploi

Contre le chômage de longue durée… et si l’on n’avait pas tout essayé ?

Conjuguer développement économique, lien social et suppression du chômage de longue durée1 à l’échelle d’un territoire, sans surcoût pour la collectivité, c’est le pari relevé par l’expérimentation « Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée ». Initiée en 2013 puis mise en œuvre par une loi votée en février 2016, elle est soutenue depuis l’origine par la Fondation de France. Les résultats sont au rendez-vous.

Portée au départ par ATD Quart Monde2, l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » (TZCLD) vise à démontrer qu’il est possible, à l’échelle de petits territoires de 5 à 10 000 habitants, de proposer un CDI, à temps choisi, à toute personne durablement privée d’emploi. Et ce en développant des activités utiles. Après le vote d’une loi dédiée, l’idée a pris la forme d’une expérimentation sur 5 ans lancée à l’automne 2016 sur 10 territoires. Une association nationale a été créée pour animer et développer le projet tandis que des comités locaux le font vivre sur le terrain.

Sans attendre la loi, entre 2013 et 2016, la Fondation de France a dégagé des ressources pour faciliter l’avancée et la reconnaissance de la démarche. Fin 2016, elle s’est à nouveau engagée aux côtés des acteurs du projet, tant sur le plan national que local, pour 3 ans.

Une initiative profondément novatrice

L’une des singularités du projet réside dans son financement : il s’agit de transférer le coût social du chômage longue durée vers le financement de création d’emplois en CDI, emplois qui répondent à des besoins non satisfaits. « Ce coût social a été évalué, hors indemnisation, à 18 000 euros par mois : frais de santé, de justice, aide à l’enfance, etc., explique Laurent Grandguillaume, Président de l’Association « Territoires Zéro Chômeur de Longue Durée. Ainsi, la réaffectation de ces dépenses permet de financer des emplois durables, qui n’entrent pas en concurrence avec des activités existantes sur les territoires concernés ».

L’originalité de la démarche ne s’arrête pas là : elle met les personnes privées d’emploi au cœur du projet en les impliquant pour construire les activités. Tout part de leurs envies et de leurs savoir-faire, qui sont ensuite confrontés aux besoins non satisfaits recensés localement. Une fois les ressources humaines et les emplois attendus identifiés, une ou plusieurs entreprises à but d’emploi (EBE) sont créées, recrutent les chômeurs en CDI et prospectent pour développer leur activité et leur chiffre d’affaires. « Les emplois sont variés : bûcheronnerie, maraîchage, recyclerie, réparation de vélos, etc. Une grande partie des activités concernent la transition écologique et énergétique, les rééemplois, les services de proximité. C’est un projet accélérateur de la transformation sociétale et environnementale», précise Laurent Grandguillaume.

Un projet emblématique pour la Fondation de France

Accompagner des solutions porteuses d’innovation et de progrès social, en prise directe avec les enjeux locaux, pour leur permettre de décoller : c’est le cœur de la mission de la Fondation de France. Le soutien apporté à l’expérimentation TZCLD, par l’intermédiaire du Comité Emploi de la Fondation, répond à cette volonté de construire un avenir meilleur, notamment pour les plus vulnérables. Le soutien apporté dès 2013 a été déterminant pour passer de l’idée au véritable projet. « Ce soutien nous a apporté de la crédibilité, une reconnaissance et une légitimité qui nous ont ouvert des portes et l’accès à d’autres financeurs. C’est important pour nous d’être accompagnés sur la durée car nous souhaitons transformer les choses durablement », indique Laurent Grandguillaume.

Une expérimentation prometteuse

Plus de 600 salariés ont été  jusqu’ici embauchés en CDI dans les 11 Entreprises à But d’Emploi (EBE) sur les 10 territoires de l’expérimentation.

Lors de sa présentation de la stratégie de lutte contre la pauvreté, le 13 septembre dernier, le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé sa volonté d’étendre l’expérimentation à de nouveaux territoires. Une cinquantaine sont volontaires et se préparent à la déployer à partir de 2019. Et le projet fait des émules à l’étranger. « Nous sommes sollicités par différents pays, de la Belgique aux Etats-Unis, curieux de comprendre comment ça fonctionne ! » note Laurent Grandguillaume. A terme, l’objectif est de donner un « droit d’option » à tout territoire souhaitant déployer le projet et qui serait en mesure de respecter un cahier des charges élaboré à partir des deux 1ères phases de l’expérimentation.

 

 


[1] Un chômeur de longue durée est un actif au chômage depuis plus d’un an. A partir de 24 mois on parle de chômage de très longue durée.

[2] Rejoint par le Secours Catholique, Emmaüs France, Le Pacte civique et la Fédération des acteurs de la solidarité

 

Témoignage d’un acteur de terrain

Denis Prost, Chef de Projet « Territoires zéro chômeur de longue durée » à Pipriac et Saint Ganton (Ille et Vilaine)

«C’est tout un territoire qui doit se mobiliser! »

«Nous figurons parmi les 4 premiers territoires engagés dans la démarche et sommes soutenus depuis le début, chaque année, par la Fondation de France : une aide précieuse car la loi de 2016 n’a pas prévu le financement des comités locaux… Au départ,  nous avons effectué un travail de terrain très important auprès des acteurs locaux – élus, associations, chefs d’entreprise, etc. – pour les mobiliser autour du projet et recenser leurs besoins. Puis nous avons identifié les chômeurs de longue durée et leur avons fait passer des entretiens pour cerner leurs compétences et leurs souhaits. Nous leur avons donné la possibilité d’être acteurs de la démarche en les faisant réfléchir ensemble aux activités à développer. Nous avons ensuite préparé la création de l’Entreprise à But d’Emploi, TEZEA, qui a démarré son activité en janvier 2017. Elle compte aujourd’hui 66 salariés, dont un tiers en situation de handicap, qui travaillent dans des domaines variés : fabrication de mobilier en bois de palette, de piquets pour les clôtures, de coussins en tissu, blanchisserie pour des maisons d’hôtes, épicerie ambulante, collecte de dépôts sauvages, etc. On a a apporté la preuve que les chômeurs peuvent faire des choses utiles sur un territoire, remplir des besoins non satisfaits jusqu’ici et retrouver une dignité ! »