Des migrants dans un centre d'accueil.

Philanthropie

Conférence annuelle du Global Philanthropy Forum

« People on the move », quelles réponses la philanthropie peut-elle apporter à la question des migrations ?

Du 4 au 6 avril s’est tenue près de San Francisco (États-Unis) la conférence annuelle du Global Philanthropy Forum. L’occasion pour 300 leaders d’organisations philanthropiques du monde entier de se retrouver pour échanger sur les problématiques et les tendances du secteur et d’élargir leur réseau. Le thème de la conférence était cette année d’une actualité brûlante : « People on the move ». La crise des migrants était au cœur des débats et des préoccupations, et les questions des migrations économiques et climatiques ont également été abordées.

Créé en 2001, le Global Philanthropy Forum (GFP) est un réseau international de pairs composé de philanthropes et d’investisseurs sociaux, destiné à l’échange de bonnes pratiques sur les enjeux internationaux. Présente en Amérique Latine, en Afrique et en Asie, cette émanation du World Affairs Council (agence du State Department américain) a pour ambition de construire une communauté de philanthropes et de renforcer la dimension stratégique des dons et des investissements sociaux réalisés par ses membres. Elle organise conférences, programmes de formation et propose divers services à l'attention de ses membres, qui sont issus de 98 pays.
 
La conférence annuelle 2016, qui s'est tenue début avril à San Francisco, a été consacrée à un enjeu majeur pour la planète : « People on the move », avec les nombreuses questions sociales, économiques, culturelles, géopolitiques et climatiques qu'il soulève...
 
Le sujet des migrations prend des formes très différentes selon les pays et leur situation économique, politique... En Inde, en Chine, au Nigéria et dans d’autres pays à la croissance rapide, des millions de personnes découvrent la mobilité sociale et économique qui modifie profondément leurs habitudes, leurs aspirations, leurs façons de vivre. Dans d’autres régions du monde, les hommes sont forcés de fuir les persécutions, les catastrophes naturelles, les famines ou les conflits : 60 millions de personnes sont aujourd’hui réfugiés ou déplacés, un triste record historique. Bien au-delà de la période de crise, ces personnes auront besoin de nouvelles opportunités non seulement pour survivre, mais aussi pour s'installer, construire, se développer, contribuer à la vie de leur communauté.
 
Nous le savons, la situation migratoire actuelle n’est pas un événement conjoncturel de courte durée. Il s’agit bel et bien d’une tendance lourde de l’évolution de nos équilibres mondiaux que nous devons prendre en compte dans sa globalité. Quels sont, dans ce domaine, le rôle et les moyens spécifiques de la communauté philanthropique internationale ?

Les principales questions traitées par le GPF à San Francisco sont les suivantes :
 

  • Comment faire face aux besoins des migrants et réfugiés en situation d’urgence ? Après l’intervention du ministre libanais de l’éducation, confronté à l’immense défi de scolariser les dizaines de milliers d’enfants syriens réfugiés dans son pays, le hiatus entre aide humanitaire et développement international a été abordé. À cet égard, il a été souligné que les bailleurs privés, ne représentant que 2 à 3 % du total de l’aide humanitaire mondiale, ne pèsent pas assez dans les débats sur la gouvernance internationale de l’aide humanitaire. Leur coordination et leur croissance sont donc des enjeux essentiels.
     
  • Comment faire évoluer les approches et les mentalités pour faire des réfugiés des ressources et non plus des fardeaux pour les sociétés qui les accueillent ? Chris Stone, président de Open Society Foundations, en faisant référence au modèle ouvert sur le monde de la Grèce de Périclès, a brillamment soulevé le problème du sentiment de peur et de repli des sociétés occidentales, qui révèle un déficit de confiance dans leur propre modèle.
     
  • Comment le secteur philanthropique peut-il créer un contexte plus favorable à l’emploi pour les nouvelles générations ? Pour répondre au défi de la formation, l’initiative philanthropique de la University of the People, université gratuite en ligne, offre une perspective intéressante.
     
  • Quelles réponses spécifiques du secteur philanthropique à la crise climatique ? Plusieurs grandes fondations ont présenté des initiatives prometteuses prenant en compte de façon globale les enjeux de développement urbain durable, de justice sociale et de protection environnementale.

De façon transversale, il est ressorti de ces débats que la contribution spécifique du secteur philanthropique à ces enjeux mondiaux résidait dans sa capacité à être pionnière, à créer un climat de confiance à l’échelle des communautés, à prendre des risques, et à développer des partenariats avec l’ensemble des parties prenantes d’un pays ou d’un territoire. La question des relations entre donateurs et bénéficiaires, et de la bonne compréhension de ces deux mondes, a aussi été traitée.
 
Pour atteindre ces différents objectifs, la coordination du secteur, à l’échelle mondiale, est apparue comme un enjeu déterminant. C’était précisément l'un des bénéfices de cette conférence internationale, qui, en favorisant échanges et rencontres entre philanthropes du monde entier, sème des germes de coopérations et de partenariats.
 
Un seul regret peut traverser l’esprit des fondations européennes : que notre vieux continent soit si peu représenté dans ces cercles et débats internationaux. Le rendez-vous annuel du European Foundation Center, qui se tiendra fin mai à Amsterdam, pourra être l’occasion pour les philanthropes européens de renforcer leur coordination pour être plus présents et plus efficaces ensemble à l’échelle mondiale.
 

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