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Urgences

Beyrouth : « les enfants sont traumatisés par l'explosion »

10/08/2020

Zorba Alshawa, réfugié syrien au Liban depuis cinq ans, est marionnettiste depuis 2018 dans la troupe "One Hand puppet" de l'association Najda Now International (NNI), soutenue par la Fondation de France. Témoin de la double déflagration du 4 août, il raconte, inquiet, l’avenir incertain de l’association face à cette nouvelle crise.

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En 2017, "One Hand Puppet" a été créée par Abed Alaziz Aidy, directeur de NNI, et l'artiste Maryam Samaan. "One Hand Puppet" apporte un accompagnment psychosocial à travers l'art des marionnettes. « Nous avons créé un espace pour rassembler les communautés, pour que tout le monde se retrouve », raconte Zorba Alshawa. 

Le local, avec une salle de répétition et un atelier de confection de marionnettes, se trouve dans le camp de Chatila, un des camps de réfugiés de la ville. Ce local est devenu un lieu dédié à l’art et aux rencontres, avec des enfants de toutes nationalités : Libanais, Syriens, ou encore Palestiniens.

Depuis quelques temps, "One Hand Puppet" regrette un manque de financement pour son association. « Avec la crise financière, la révolution d'octobre 2019, puis la crise du coronavirus, plus personne ne veut investir ici, tout le monde a réduit ses aides. L'explosion ajoute une couche supplémentaire à la crise. Elle ouvre une période encore plus grande d'incertitude. »

Pour Zorba et ses collègues, la priorité est de pouvoir continuer le projet. « Les explosions ont été impressionnantes, les immeubles tremblaient, les fenêtres ont éclaté, ça a été un véritable moment de chaos », décrit-il. Les enfants sont traumatisés par ces explosions et ils ont besoin d’extérioriser cela, leur famille ont perdu leur travail... Par exemple, le père d'un des enfants travaille au port de Beyrouth. Heureusement, ce jour-là, il était en congé. « La période du confinement a déjà été compliquée à vivre pour eux. La situation est alarmante », ajoute-il.

Aujourd’hui, la Fondation de France est le seul soutien financier de l’association NNI. « Avec la crise et tous les événements, l'art n'est plus une priorité. Tout le monde oublie l'aspect psychosocial des projets. La Fondation de France croit en notre travail et nous permet de continuer ».

3 questions à Zorba Alshawa

Quel est l'impact des derniers événements sur vos activités ?

L'explosion ajoute une couche supplémentaire à la crise. Elle ouvre une période encore plus grande d'incertitude. Beaucoup de choses vont changer, nous sommes dans une période de flottement, personne ne sait vraiment ce qu'il va se passer... Il y aura sans doute un changement de système, et plus de violence. Ici, tout le monde est très en colère, et cela se comprend.

Comment voyez-vous l'avenir de NNI dans tout cela ?

Il y a plusieurs difficultés. Le projet allait s'arrêter en 2018, la Fondation de France a été la seule à nous sauver. Nous avons dû nous adapter, mettre en place des projets de plus petite envergure, lancer des expositions, créer des marionnettes et les vendre pour pouvoir faire tourner l'association. Nous allons continuer, il y a des gens qui croient en nous et nous croyons en ce que nous avons créé. Nous avons vu le changement que ça apporte.

Quelles sont vos priorités dans le contexte actuel ?

La première priorité, simplement, est d'arriver à continuer nos activités. Certains des enfants que nous aidons sont devenus des artistes. D'ailleurs, l'un d'entre eux devait se rendre en France en avril dernier pour faire une exposition. Nous l'avions aidé sur les formalités administratives, mais cela n'a pas pu se réaliser à cause de la Covid-19. Nous ressaierons en septembre.

Une autre priorité, due à la crise bancaire est de récupérer les fonds qui nous sont envoyés. Nous n'avons pas pu payer le loyer depuis janvier dernier.

Nous avons créé quelque chose de beau et nous voulons continuer. Il est important pour nous de garder cet espace. Le soutien de la Fondation de France compte beaucoup, nous savons qu'elle croit en notre travail et son utilité pour les enfants.

Un soutien dans la durée

La Fondation de France est présente au Liban depuis 2016, aux côtés d’associations locales qui viennent en aide aux populations. Suite aux explosions qui ont dévasté Beyrouth, la Fondation de France apporte son aide aux habitants les plus vulnérables, en s’appuyant sur ses partenaires locaux qui œuvrent déjà sur le terrain, afin de reconstruire durablement un pays déjà profondément marqué par les guerres et les crises politique et économique.

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