Au Bénin, une plante invasive… au service de l’agroécologie !

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Au Bénin, une plante invasive… au service de l’agroécologie !

20/12/2018

Depuis 2009, le Programme Agriculture Familiale en Afrique de l’Ouest, développé par la Fondation de France, soutient la production agricole ouest-africaine pour développer des pratiques plus respectueuses de l’environnement. Au Bénin, un projet innovant a permis de transformer une plante invasive… en engrais naturel pour les cultures maraîchères.

Tout commence sur les rives du lac Nokoué, dans la région de So-ava, où vivent près de 12 000 habitants. Le lac Nokoué, l’un des plus productifs du pays pour la pêche et le maraîchage, est aujourd’hui menacé d’asphyxie. En cause : la jacinthe d’eau, une plante invasive lacustre qui prolifère à la surface. Véritable fléau pour l’économie locale et l’environnement, la jacinthe d’eau détruit la biodiversité, colonise les îlots de maraîchages, bloque la circulation des marchandises, et accentue le réchauffement climatique par ses émissions de méthane…

Transformer la plante invasive en matière productive

Pour lutter contre ces effets destructeurs, une ONG pro-environnementale, spécialisée dans la valorisation des déchets (GEVALOR) a développé un procédé innovant qui permet de transformer la jacinthe d’eau en compost maraîcher. Après plusieurs études sur la faisabilité et la pertinence du projet, elle a entrepris aux côtés de l’ACED, une association locale, de développer le compostage sur la commune de So-ava, auprès de 70 maraîchers, principalement des jeunes et des femmes.

 « Jusqu’ici les pêcheurs-maraîchers utilisaient seulement la jacinthe d’eau pour garder de l’humidité sur le sol. Le projet a introduit le compostage. Initialement, on avait imaginé que le compost pourrait être vendu pour diversifier les revenus, créer des emplois. Finalement, ce sont les maraîchers qui l’utilisent directement. Le ramassage est collectif. Ensuite chacun d’eux se sert selon ses besoins », explique Francklin Agbandou, de l’ACED. Pour mener à bien le projet, plusieurs actions ont été mises en œuvre : nouvelles techniques de ramassage, formations au compostage et à son utilisation dans le maraîchage, sensibilisation aux pratiques agroécologiques.

Désormais ramassée à l’aide de filets, et non plus directement dans les barques, pour plus de sécurité, la jacinthe d’eau est ensuite compostée et utilisée sur les cultures d’amarante, de piment et de tomates. Et les résultats sont là. « Grâce au compost, les rendements ont en moyenne doublé, et nous avons aussi des retours positifs sur la qualité des produits maraîchers, qui se conservent mieux que les produits cultivés auparavant. » confie Jocelyne Delarue du GEVALOR.

Compostage des jacinthes d’eau.

Compostage des jacinthes d’eau

Mieux produire, mieux vendre, mieux vivre

Pour valoriser et commercialiser leurs productions, les maraîchers ont également adapté leurs techniques de vente. Leurs amarantes, piments et tomates cultivés durablement sont vendus en circuit court. Cette commercialisation sans intermédiaire leur a permis d’augmenter leurs revenus. Sur le marché d’Akassato, un point de vente a été aménagé pour faciliter la relation directe entre producteur et consommateur et sensibiliser les clients aux bienfaits d’une alimentation de qualité. « Le risque que représentent les produits phytosanitaires n’est pas encore bien connu, explique Jocelyne Delarue, une brochure a donc été diffusée mieux expliquer les effets positifs des techniques agroécologiques. Il faudrait mobiliser davantage les réseaux de communication sur la nécessité de consommer des produits sains issus d’une agriculture durable ».

Pour l’instant, en effet, le caractère agroécologique reste encore peu déterminant dans les préférences d’achat. Une étude de marché a montré que seuls les clients aisés acceptaient de payer un peu plus pour ce label de qualité. Des efforts pour réduire les coûts de production sont donc envisagés, car à prix égal, les produits dits durables ont la préférence de tous.

Ce projet, soutenu par la Fondation de France sur deux ans, est aujourd’hui en bonne voie et continue à se développer. Un atelier a réuni les différents acteurs de l’agroécologie pour partager les résultats. D’autres villes comme envisagent elles aussi d’utiliser le compost de jacinthe, des tests agronomiques sont également à l’étude, à Madagascar… La valorisation de cet engrais naturel pourrait donc bien essaimer, à plus grande échelle.

 

De la jacinthe aux produits du marché