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Ensemble face au terrorisme

Attentat de Nice : trois ans après, des blessures encore ouvertes

08/07/2019

Le 14 juillet 2016 à Nice, un camion-bélier fonçait sur la foule, faisant 86 morts et 458 blessés. Trois ans après le drame, la Fondation de France est toujours aux côtés des victimes. Car les effets du stress post-traumatique peuvent se révéler tardivement, et affecter les personnes à long terme.

« En 2016, j’étais une jeune femme épanouie de 23 ans, aide-soignante et sportive de compétition. Le soir du 14 juillet, je marchais sur la Promenade des Anglais, dans la trajectoire du camion. C’est le geste d’un ami qui m’a poussée … et sauvé la vie. Les jours suivants l’attentat, j’étais tétanisée, hébétée. Comment avais-je pu rester assise au bord du trottoir, au milieu des cris et de la panique, comme paralysée ? Et pourquoi moi, avais-je survécu ? J’ai voulu partir, quitter Nice, fuir mon travail à l’hôpital… Et c’est très progressivement que les problèmes sont apparus : perte de l'appétit, du sommeil, des nuits peuplées de cauchemars… puis la drogue et l’alcool, l’agressivité qui entraîne l’isolement. Cette pente vers l’autodestruction s’est mise en place insidieusement, près d’un an après l’événement. En sorte que si j’ai bien été inscrite sur la liste unique des victimes, quand j’ai sollicité le Fonds de garantie pour être aidée, on a considéré que mon cas n’était pas probant. Ce refus, je l’ai vécu comme une nouvelle injustice, une claque. C’est le soutien de l’association Montjoye qui a été déterminant pour sortir de cette ornière. J’ai sollicité leurs services en 2017. Là, je me suis enfin sentie reconnue, soutenue, entendue par des psychologues, des juristes, des assistantes sociales. J’ai maintenant résolu mon problème d’addiction, j’ai saisi le médiateur. Je remonte progressivement la pente. Grâce à l’aide de la Fondation de France, je vais partir en cure à Saujon, pour suivre un programme dédié à l’anxiété et aux troubles nerveux. Et demain, peut-être arrêter les médicaments, reprendre un travail et tourner la page. »

Pour les victimes, un accompagnement global

Cette histoire, c’est celle de Julie D. Comme elle, des centaines de Niçois vivent encore, trois ans après, les effets du cauchemar de ce 14 juillet. « Et comme elle, ces victimes tardives échappent souvent aux dispositifs de droit commun », souligne Emilie Renard, travailleuse sociale à l’association Montjoye, partenaire de la Fondation de France. L’association gère l’Espace d’information et d’accompagnement (EIA) des victimes, réunissant en un lieu unique des expertises juridiques, un accompagnement social et une prise en charge psychologique. Car tout est lié : la détresse psychique se répercute rapidement sur le plan professionnel et familial. C’est par l’intermédiaire de l’EIA que remontent à la Fondation de France les situations critiques pour les personnes vulnérables, « là où une aide financière ponctuelle peut apporter un peu d’oxygène, indispensable pour envisager une reconstruction à long terme : engager un travail psychothérapeutique, une formation ou une reconversion, une recherche de logement, une démarche de désendettement », souligne encore Emilie Renard.

La Fondation de France a soutenu, depuis juillet 2016, 219 demandes d’aides financières, pour un total de près de 500 000 euros. Le montant moyen des aides directes versées s’élève à 2248 euros. Au global, près de 600 personnes sont toujours suivies par l’EIA, «et 70 nouvelles victimes nous ont sollicités sur le premier semestre 2019 », précise Samira Adda, cheffe du service d’aide aux victimes de l’EIA.

Typologie des besoins couverts par les aides individuelles

Besoins Nice 3 ans

 

En chiffres :

Le bilan à 3 ans
Thierry Baubet, président du comité d’experts bénévoles Ensemble face au terrorisme de la Fondation de France

« Oui, les troubles de stress post-traumatique peuvent apparaître plusieurs années après un drame ! »

Trois questions au Professeur Thierry Baubet, professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Spécialiste du stress post-traumatique, il préside le comité d’experts du programme Ensemble face au terrorisme de la Fondation de France.

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Outre les aides financières, le soutien aux victimes passe par un accompagnement psychologique, adapté au stress post-traumatique. C’est le second volet de l’engagement de la Fondation de France, centré notamment sur la recherche de solutions innovantes. Depuis trois ans, ce volet de subventions aux projets a mobilisé 400 000 euros, au profit d’actions menées par des services hospitalier et universitaires. « Nous avons ainsi soutenu les expérimentations du service de pédopsychiatrie de l’Hôpital Lenval. Comme la mise en place d’ateliers thérapeutiques qui mobilisent des techniques de musicothérapie et de psychomotricité, adaptées à la problématique post-attentat », précise Mélanie Hubault, responsable du programme Ensemble face au terrorisme de la Fondation de France

Les nouvelles technologies, un autre levier d’aide aux victimes

« Et aujourd’hui, nous accompagnons le développement de MoodUp, une application smartphone pour la gestion des symptômes du stress post traumatique, développé par CoBTeK-Lab (pour Cognition Behavior Technology), laboratoire de l’Université Nice Sophia Antipolis », poursuit-elle. L’application ne se substitue pas à une démarche thérapeutique, mais permettra de faire face aux crises de panique et d’anxiété, notamment en guidant l’utilisateur dans la mise en œuvre d’exercices simples (relaxation, méditation, cohérence cardiaque…). « L’application est un outil de première intention, facilement accessible pour les personnes réticentes à consulter un psychiatre. MoodUp accompagnera aussi l’utilisateur en fournissant les adresses et numéros utiles (Samu, urgences psychiatriques, Maison d’accueil des victimes, CUMP06), précise André Quateri, professeur des universités et porteur du projet. Elle proposera également un listing des thérapies recommandées pour l’accompagner vers une prise de rendez-vous psychothérapeutique. »

Nice, et après ? Mieux comprendre, pour améliorer la prise en charge

Enfin, le programme Ensemble face au terrorisme a voulu soutenir une démarche de long terme, utile à toutes les victimes d’attentats ou de catastrophes. Il participe ainsi au financement du programme 14-7, porté par les équipes du centre d’évaluation pédiatrique du psycho-traumatique (CE2P) de la fondation Lenval. Ce programme de recherche clinique s’attache à suivre une cohorte d’enfants et de familles touchées par l’attaque du 14 juillet, pour mesurer l’évolution des symptômes, et l’efficacité des traitements. Trois cents soixante-cinq personnes participent au programme, dont 208 enfants et 157 parents. Les premières observations montrent que selon les tranches d’âge, un quart à un tiers des enfants ont encore des troubles intenses : phobies, angoisses de séparation, troubles du sommeil, etc. Outre l’adaptation immédiate des soins pour les victimes, les connaissances scientifiques dégagées par ce programme vont permettre d’améliorer le suivi et la prise en charge des troubles psycho-traumatiques. Et servir à l’ensemble de la communauté médicale nationale, voire internationale.