Trois atouts pour  affronter la crise

Philanthropie

Agilité, proximité, coopération : les atouts de la philanthropie pour affronter la crise Covid-19

Crise globale, nouvelles vulnérabilités, mais aussi nouvelles opportunités… la crise de la Covid-19 a rebattu toutes les cartes.  Comment la communauté philanthropique s’organise-t-elle ? 

Un révélateur et un accélérateur

En 6 mois, la crise Covid-19 a creusé les failles qui fissuraient la société, et mis en péril le fragile équilibre de (sur)vie de nombre de nos concitoyens. « Au-delà du choc sanitaire et économique, cette crise a notamment mis en lumière trois enjeux cruciaux, souligne Claire Boulanger, responsable des programmes solidarités à la Fondation de France. La fracture numérique, source d’exclusion dramatique quand la vie sociale, professionnelle, culturelle bascule massivement sur le digital. Le rôle majeur et invisible des soignants et des aidants, sur les épaules desquels repose la vie des plus vulnérables d’entre nous. Enfin, le sujet du rapport entre l’homme et son environnement, source de déséquilibres qui peuvent s’avérer ravageurs. »

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« Comment développer une médecine à la fois efficace et profondément humaine ? Le programme Humanisation des soins soutiendra  des projets d’organisation  des soins plus inclusifs qui prennent en compte patients, soignants, aidants ».

Quelle place pour la philanthropie ?

Face à ces déséquilibres et à ces menaces, la communauté philanthropique a répondu présent en se mobilisant massivement et rapidement. L’Alliance « Tous unis contre le virus », associant la Fondation de France, l’Institut Pasteur et l’AP-HP, a convaincu des milliers de donateurs, des fondations, des bénévoles de se mobiliser, pour faire face à l’urgence et soutenir les chercheurs.

Passé ce cap, pour affronter une crise profonde et multiforme, la Fondation de France doit affuter ses stratégies d’intervention, trouver sa « juste place » en complément de l’action publique. Depuis juin et durant tout l’été, les équipes de la Fondation de France, les fondations abritées, ses réseaux d’experts, repensent collectivement leurs modes d’intervention. Autour de trois atouts : l’agilité, la proximité, la coopération.

Agilité : s’adapter à une nouvelle donne

« Avec la fermeture des établissements scolaires et la migration des cours en ligne, nombre d’élèves les plus fragiles ont disparu des radars, particulièrement dans la formation professionnelle. La question du « raccrochage » scolaire va être l’un des défis-clés des années à venir, prévoit Anne Bouvier, responsable du programme enfance et éducation. En complément des dispositifs existants, nous avons décidé de nous concentrer sur le soutien aux 15-18 ans, en nous appuyant sur un réseau à la fois solide et innovant : celui des Ecoles de production, présentes dans toute la France, et dont les formations assurent une excellente insertion professionnelle dans les filières techniques. » Pour opérer ce virage, ce programme a décidé d’annuler les appels à projets en cours, et de concentrer ses ressources sur des acteurs ayant un impact décisif sur l’insertion des 15-18 ans, mais aussi l’accès au numérique ou l’éducation à l’environnement.

« Notre action vise à réduire la fracture numérique et à soutenir l'insertion professionnelle des jeunes. » > Voir l'interview d'Anne Bouvier

L’ensemble des programmes de la Fondation de France a été revisité pour adapter les modalités au contexte 2020, ou redéfinir les priorités... Mêmes questionnements pour nombre de fondations abritées, comme par exemple la Fondation Artistes à l’hôpital. « Pendant le confinement nous avons vu les établissements se fermer aux intervenants extérieurs, souligne sa présidente Elisabeth de la Genardière. Cela nous challenge pour assurer la pérennité de notre démarche en cas de crise, et ancrer durablement l’intervention culturelle et artistique dans le monde de l’hôpital, en impliquant beaucoup plus les personnels soignants ». Autre exemple, dans le domaine de l’alimentation durable : au plus fort de la crise, la Fondation Daniel et Nina Carasso a soutenu près de 15 associations de solidarité, pour financer la distribution de repas équilibrés aux populations les plus démunies. Tout en poursuivant son engagement pour soutenir le monde paysan fragilisé, organiser l’insertion des personnes réfugiées dans le secteur agricole, ou encore financer des travaux de recherches sur l’agriculture et l’alimentation dans le monde d’après.

Proximité : parier sur les ressources locales

Agir « ici et maintenant », au plus près des problèmes, en misant sur l’expérience et l’énergie des acteurs locaux : ces principes guident la communauté philanthropique depuis longtemps. En témoignent le développement des fondations territoriales comme l’intérêt croissant des fondations d’entreprises pour l’action dans leurs bassins d’emploi et de vie. La Fondation de France a adopté depuis de nombreuses années une organisation décentralisée avec un réseau de 200 bénévoles implantés localement. Aujourd’hui, cet enracinement s’avère un atout, pour identifier et accompagner ceux qui inventent des modes de vie, de production, d’échange… plus inclusifs et plus résistants face aux risques de crises. Les 6 fondations régionales de la Fondation de France ont donc adapté leurs approches au contexte 2020, détaille Muriel Kopelianskis, responsable du département développement territorial : « D’abord en concentrant notre action sur certains territoires « oubliés », où l’impact Covid est particulièrement fort en matière d’exclusion sociale et culturelle. Ensuite en ouvrant davantage nos soutiens aux petites associations porteuses d’innovations et d’expérimentation. Enfin en faisant jouer à plein notre fonction « d’agent de liaison » notre ancienneté sur le terrain et notre neutralité nous donnent ce pouvoir de créer des liens, des alliances inédites entre acteurs publics, acteurs privés, associations… liens aujourd’hui indispensables. »

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« Avec la crise, il a fallu repenser le soutien au monde paysan fragilisé, organiser l’insertion des personnes réfugiées dans le secteur agricole, et financer des travaux de recherches sur l’agriculture et l’alimentation dans le monde d’après ».

Coopération : casser les silos pour travailler ensemble

Car pour le mouvement philanthropique, le « travailler ensemble » est plus que jamais stratégique. Et ceci, à toutes les échelles, locales, territoriales mais aussi nationale. « C’est dans cet esprit que dès cet été, les fondations abritées à la Fondation de France se sont retrouvées lors d’ateliers dédiés aux sujets qui les mobilisent » souligne Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France En juin et juillet : handicap, environnement, action internationale et culture. En septembre : éducation-enfance et famille, maladies psychiques, personnes âgées, égalité femmes-hommes, insertion et emploi, développement territorial. Objectifs : dresser le bilan des derniers mois, partager les meilleures pratiques, imaginer des pistes de travail inédites… et surtout, initier des collaborations. « Cinq fondations qui groupent leurs forces sur un sujet auront un impact global bien supérieur à cinq fondations qui traitent le même sujet séparément ! explique ainsi Patricia Jung-Singh présidente de Terra-Symbiosis, une fondation engagée sur l’environnement et l’alimentation durable. Nous avons déjà des projets en commun, par exemple avec la Fondation Nature et Découvertes sur l’éducation à l’environnement. Il faut multiplier ces synergies. Et parce qu’elle constitue le premier réseau de philanthropie, la Fondation de France doit jouer ce rôle de passeur ». Défi accepté !

Parole d'expert

Avec France Active, au-delà de l’urgence, un soutien structurant aux associations.




Martin Spitz
Conseiller technique solidarités
internationales, ESS, environnement

« Les associations ont été des acteurs extraordinaires lors de la crise, elles ont réussi à s’adapter en un temps record, et ont permis à de nombreuses personnes d’accéder aux produits vitaux et de conserver des liens sociaux. Mais face à des besoins démultipliés, et une baisse importante de ressources… nombre d’entre elles se trouvent aujourd’hui fragilisées, voire menacées dans leur existence. C’est pourquoi nous avons décidé de soutenir le dispositif mis en œuvre par le réseau France Active. Un million d’euros pour contribuer aux subventions « de secours », et 5 millions d’euros, avec les Fondations JM Bruneau et Daniel et Nina Carasso, pour le « programme de relance solidaire », sous forme de prêts à taux zéro. Point fort du dispositif : un accompagnement personnalisé de chaque association bénéficiaire, pour construire un projet sur le long terme. »

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c’est le fruit  de la collecte  « Tous unis contre  le virus ». En complément, environ 30% du budget des programmes est réorienté pour traiter les conséquences de la crise.