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Solidarité migrants

Afghanistan : « assurer un accompagnement dans la durée, pas seulement dans l’urgence »

13/09/2021

Depuis fin août et la prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan, des milliers d’Afghans craignant pour leur vie, tentent de fuir hors de leur pays dans des conditions parfois dramatiques. Cette nouvelle situation d’urgence remet sur le devant de la scène la question de l’accueil et de l’intégration des exilés. Entretien avec Suzanne de Bellescize, responsable du programme Solidarité migrants.

Depuis le 17 août, 2 600 Afghans menacés ont d’ores et déjà été pris en charge par les autorités françaises. Un premier bilan qui devrait augmenter dans les mois qui viennent et autour duquel la Fondation de France et ses fondations abritées se mobilisent dès à présent.

Depuis 2015, le programme Solidarité Migrants vient en aide aux personnes exilées quels que soient leur origine, leur religion ou leur statut juridique, afin d’améliorer leurs conditions d’accueil, leur santé et leur intégration dans la société. Trente-deux projets sont déjà en cours pour l’année 2021. Pour mieux répondre aux besoins spécifiques rencontrés par ces populations, la Fondation de France a par ailleurs fait le choix d’intervenir de manière transversale, en incluant par exemple les mineurs non accompagnés dans son programme Enfance-Education, considérant que ces jeunes sont avant tout des enfants.

Grâce à sa bonne connaissance du terrain associatif et son réseau de partenaires déjà actifs auprès des populations afghanes (première communauté de demandeurs d’asile sur le sol français), la Fondation de France et ses fondations abritées disposent des outils et du savoir-faire nécessaires pour apporter rapidement un soutien efficace et durable aux exilés d’Afghanistan.  Tout en continuant à s’engager pour les plus vulnérables originaires d’autres régions du monde.

L’actualité récente venue d’Afghanistan laisse présager une augmentation des populations en exil provenant de cette région. Comment la Fondation de France se mobilise-t-elle pour venir en aide à ces personnes en migrations ?

Suzanne de Bellescize : Le devoir de solidarité envers les personnes vulnérables d’où qu’elles viennent a toujours été au cœur de l’engagement de la Fondation de France, et ce bien avant le programme Solidarité Migrants. Nous veillons à agir là où se trouvent les besoins, sans se substituer aux compétences de l’Etat. Aujourd’hui, les 2 600 Afghans récemment accueillis en France sont pris en charge par des associations financées par l’Etat, et nous n’avons pas été beaucoup sollicités (à part pour les artistes, pour lesquels nous réfléchissons à des moyens d’accompagnement spécifiques).

 En revanche, il y a aujourd’hui en France un grand nombre d’Afghans arrivés avant l’été qui ne sont pas pris en charge ; ils sont accompagnés par des association citoyennes que nous soutenons. D’autre part, nous nous attendons à ce que dans quelques mois, quand l’attention médiatique sera retombée, de nouvelles personnes arrivent dans le dénuement, et peut-être avec moins de solutions d’accueil. Et c’est là que l’action de la Fondation de France et des fondations abritées engagées sur cette cause aura une réelle nécessité. Notre mobilisation a pour principe d’assurer un accompagnement dans la durée, pas seulement dans l’urgence. C’est pourquoi dès maintenant nous mettons tout en place, pour organiser et renforcer les collectifs et les associations de terrain, qui accompagnent déjà des exilés afghans.

Quels sont les axes prioritaires et les leviers d’action du programme Solidarité Migrants ?

Dans le soutien aux personnes exilés, il faut d’abord répondre aux besoins primaires, c’est-à-dire nourrir, héberger, soigner et mettre en sécurité. La Fondation de France a agi sur tous ces leviers en 2020 et 2021, dans un contexte de crise sanitaire. Nous allons désormais nous concentrer plus fortement sur la problématique de l’insertion. Cela passe notamment par l’apprentissage de la langue française, qui nous paraît une condition essentielle pour pouvoir se construire un avenir et s’insérer dans la société. Cet axe est très important, car les cours de français proposés par l’Etat ne débutent qu’à partir de l’obtention du statut de réfugié, au moment même où la personne doit être en mesure de gagner sa vie. La Fondation de France soutient donc des associations qui donnent des cours de français dès l’arrivée sur le territoire, et notre soutien permet de former des bénévoles à cet enseignement spécifique. D’ailleurs, au sein de plusieurs associations de français langue étrangère que nous soutenons, la majorité des apprenants sont afghans... une expérience qui nous sera précieuse pour la suite… Nous nous concentrons également sur la santé mentale des exilés.  Les migrants sont confrontés à des parcours migratoires périlleux, marqués par la violence et parfois la torture, et à la douleur de l’exil… Il est illusoire de parler d’insertion si on ne s’occupe pas d’abord de la santé psychique. Cette problématique est souvent délaissée par les institutions car l’accès à des professionnels de la santé mentale est difficile et coûteux, du fait notamment de la nécessité de recourir à des interprètes compétents en la matière. La Fondation de France, là encore, rend possible cette prise en charge en soutenant des associations qui proposent des thérapies de groupe, des thérapies innovantes, des séances d’art-thérapie, des groupes de parole etc. Nous réfléchissons en ce moment à soutenir des groupes de parole d’Afghans réfugiés en France, parfois depuis des années, et qui sont en ce moment en grande souffrance face à la situation là-bas et aux risques encourus par leurs familles restées au pays.

Autre axe prioritaire : l’accueil des mineurs non accompagnés. Ce phénomène a pris de l’ampleur au cours des dernières années, et les acteurs de terrain n’étaient pas forcément préparés. Ces jeunes, que l’on veut avant tout considérer comme tels, demandent un accompagnement spécifique qui relève à la fois de la protection de l’enfance et de l’éducation, et allie des solutions d’hébergement pérennes, un accompagnement juridique, psychologique et un accès à la scolarité pour qu’ils puissent construire un véritable parcours de vie.

Comment la Fondation de France fait-elle évoluer son action dans le temps? Y a-t-il de nouvelles problématiques qui se font jour ?

Aujourd’hui, après plusieurs années d’engagement, l’enjeu majeur est de renforcer les collectifs citoyens et les associations de terrain. Depuis 2015, ces petites entités, souvent isolées et parfois rurales, ont été à l’origine d’un formidable élan de solidarité citoyenne. La plupart fonctionnent grâce à une poignée de bénévoles, et répondent seules à des besoins multiples :  hébergement, aide alimentaire, accompagnement administratif et juridique, ou encore enseignement du français. Or ce bénévolat est difficile, technique et parfois douloureux émotionnellement, et ces collectifs se retrouvent souvent au bord de l’épuisement. Pour leur permettre de continuer à agir durablement et efficacement, la Fondation de France les aide donc à se structurer, à acquérir leur premier local ou à embaucher leur premier salarié. Il y a un vrai enjeu de formation et d’accompagnement des bénévoles, y compris sous forme de groupe de parole et de soutien psychologique si nécessaire. On a en France un ensemble d’associations formidables avec un réel savoir-faire, notre travail à la Fondation de France est de les soutenir et leur permettre d’agir en réseau pour mutualiser leurs forces. Nous avons par exemple été sollicités par plusieurs collectifs d’hébergement solidaire, pas tant pour recueillir des fonds mais pour bénéficier d’outils méthodologiques et de partages d’expériences. Ils ont besoin de se réunir et d’échanger sur leurs pratiques pour trouver des solutions à des questions concrètes : par exemple, comment recruter de nouveaux citoyens hébergeurs, éviter l’épuisement des bénévoles, savoir réagir quand une personne hébergée dans une famille est déboutée de l’asile… De la solidité et de l’expertise de ces collectifs dépend en grande partie la qualité de l’accueil des migrants. Car à ce stade, les places d’accueil créées par l’Etat, bien qu’en augmentation, ne suffisent pas. Un demandeur d’asile sur deux seulement est hébergé dans le dispositif national d’accueil. L’hébergement solidaire porté par des particuliers apparaît donc pour l’instant comme une solution pour laisser le moins de gens possible dehors ; par ailleurs, c’est aussi et surtout un levier formidable pour l’insertion dans la société française. Sans vouloir dédouaner les autorités de leurs responsabilités, la Fondation de France a à cœur de soutenir cette valeur d’hospitalité.

 

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Entretien avec Suzanne de Bellescize, responsable du programme Solidarité migrants.

Soutenir les exilés afghans : deux rendez-vous pour agir

- Le 16 septembre (date à confirmer) :  une réunion spécifique sur la situation en Afghanistan et l’accueil des Afghans en France sera organisée à distance par l’Observatoire de l’immigration de l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI). Cette visioconférence réunira entre autres la Fondation de France et les fondations abritées engagées sur ce sujet et un groupe de fondations d’entreprises mobilisées pour l’accueil des réfugiés. Une intervention d’un membre du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) ainsi que de la Délégation interministérielle à l’accueil et à l’intégration des réfugiés (DIAIR) sont prévues. Les fondations abritées à la Fondation de France seront ensuite conviées à échanger sur les actions qu’elles envisagent de soutenir ou soutiennent déjà, en faveur des exilés afghans.

- Le 21 octobre : la Fondation de France invitera ses fondations abritées intéressées à un temps d’échange portant notamment sur le français langue étrangère.

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