Santé des jeunes

3 questions à Charles-Edouard Notredame

17/03/2021

Charles-Edouard Notredame est docteur en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU de Lille et bénévole expert au Comité Santé des Jeunes.

En quoi la jeunesse est-elle une période capitale dans la construction psychique et donc la santé mentale ?

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©Pierre Masson - Voix du Nord

C’est un âge qui est en effet très sensible. On sait que 75% des pathologies de l’adulte débutent avant l’âge de 25 ans et que 50% débutent avant 14 ans. C’est aussi une période où s’opère un chevauchement entre les pathologies psychiatriques émergente, telles que la schizophrénie ou la bipolarité, et les pathologies de l’enfance qui se prolongent, comme les troubles autistiques, les troubles envahissant du développement ou les troubles déficitaires de l’attention. Enfin, il y a chez les adolescents ou jeunes adultes une très grande plasticité du cerveau qui rend d’autant plus efficaces et pertinentes les prise en charges précoces. En agissant à temps, on peut prévenir les effets négatifs de la pathologie et même fixer durablement des repères positifs de développement.

Quelles conséquences peut avoir la crise sanitaire sur la santé mentale des jeunes ?

Il faut rester prudent sur la question de la fragilisation car nous ne disposons pas à ce jour de données assez solides. Cela dit, il y a plusieurs risques liés aux effets de la crise de la Covid. Le premier est la détérioration du lien social qui rend difficiles les moments d’échanges et de partages, qui participent à la construction des jeunes. D’autre part, il y a un manque profond de perspectives et l’impossibilité de prévoir ce qui va se passer. Tout ça produit un paysage d’insécurité avec lequel il est difficile de se projeter pour entrer dans l’âge adulte. Le dernier point est le manque de sens, l’impression que les choses ne trouvent plus leur raison d’être, le fameux à quoi bon. Or la jeunesse est ce moment précis où l’on compose avec ces trois éléments : les autres, l’avenir et le sens de ses actions.

Sur quels leviers et avec quels partenaires faut-il s’appuyer pour aider les jeunes ?

Chez les adolescents, on sait qu’il faut adapter nos propositions aux particularités de leur âge. Comme par exemple, savoir se montrer réactif dans nos réponses car les jeunes ont une temporalité courte et sont dans l’instant. Il faut aussi être proactif, c’est-à-dire aller à leur rencontre, renforcer leur motivation et ne pas les lâcher pour les encourager à entamer une démarche de soin. L’implication des familles est aussi très importante dans cet accompagnement, mais pas seulement. La mobilisation de tout l’environnement est essentielle, il faut pouvoir travailler de concert avec les acteurs du champ sanitaire, médico-social, socioéducatif, pédagogique, judiciaire, associatif… Et pour renforcer l’efficacité des interventions opérer un grand travail de structuration et de coordination de tous ces partenaires relais.”