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Trois questions à… Élisabeth Dahan, présidente du comité Solidarité Haïti
Haïti, 12 janvier 2010, quelques heures après le séisme, les dons affluent déjà. La Fondation de France collecte 32 millions. Un quart est affecté à l’urgence, le reste à la reconstruction. Bilan d’étape et revue des opérations sur le terrain par Élisabeth Dahan, directrice des relations internationales du Conseil Economique et Social et Environnemental et présidente du comité Solidarités internationales de la Fondation de France.
Dans les jours qui suivent le séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, la Fondation de France se rend sur place. Comme au moment du Tsunami, elle évalue les besoins. Ils sont immenses et le soutien au quotidien des populations est indispensable. Très vite, un comité Solidarité Haïti est créé. Personnalités expertes des questions d’urgence et de reconstruction, mais aussi d’Haïti s‘y réunissent. Avec les 32 millions reçus, la Fondation de France devient le premier collecteur de fonds privés français. Une générosité qui témoigne de la confiance accordée par les donateurs au premier centre philanthropique de France et à ses principes d’intervention. Le 21 janvier, le comité Solidarité Haïti affecte un quart des aides à l’urgence, le reste à la reconstruction. Explications.
La Fondation de France rend compte de ses actions en termes d’urgence, de post-urgence et de reconstruction. Comment le comité statue sur la redistribution des fonds collectés ?
Elisabeth Dahan : Notre comité est intervenu en urgence pour assurer immédiatement les premiers secours en soutenant des projets présentés par des associations et ONG françaises, en privilégiant leur caractère d’urgence et d’utilité publique. Les 14 premiers projets choisis au cours du mois qui a suivi le séisme ont couvert divers besoins d’urgence. Leur poursuite reste nécessaire pendant plusieurs mois encore : distribution d’eau et d’aides matérielles, accès à la santé, fourniture d’abris et de revenus… Seuls les projets coordonnés avec les aides d’urgence ont été retenus.
En post-urgence, le comité insiste sur le partenariat avec des associations locales et privilégie les projets qui s’inscrivent dans la durée. C’est pourquoi nous nous sommes notamment attachés à développer des activités génératrices de revenus pour les populations traumatisées. Aussi bien à Port-au-Prince que dans les campagnes qui ont accueilli des centaines de milliers de déplacés. Une façon de ne pas concentrer toute l’aide sur la capitale. Parallèlement, nous avons participé à reconstruire des écoles, notamment à Cité Soleil et, plus au sud, à Jacmel.
Nous nous engageons à ce que notre comité d’experts choisisse en toute indépendance les projets qui lui paraissent les plus pertinents, mène à bien les interventions jugées prioritaires et suive les avancées aussi bien en France (audits comptables, rapports d’avancements des ONG…) que sur le terrain. Plutôt que d’ouvrir un bureau en Haïti, nous avons opté pour des missions de suivi des projets tous les deux mois en 2010. Les membres du comité qui y participent rencontrent ainsi les acteurs de terrain et sont à l’écoute de la société civile haïtienne.
A voir
Solidarité Haïti
Interview
de Mme Elisabeth Dahan
Interview
de Mme Michèle Oriol
Le comité a plaidé des projets concrets pour créer un lien social et favoriser l’aide de proximité. Comment parvenez-vous à rendre le pays à sa population ?
E. D. : Partant de mon expérience à la présidence du comité des Solidarités internationales, qui travaille à l’année sur des programmes financés par la Fondation de France, j’ai porté une attention particulière à ce que le comité Solidarité Haïti soit composé de spécialistes d’horizons variés avec une connaissance approfondie d’Haïti.
Nous y appliquons le même code éthique et moral qui implique que notre autorité et notre responsabilité soient exercées dans le respect des personnes et des projets présentés. Ce qui conduit notamment le comité à rencontrer régulièrement en France et en Haïti de nombreuses personnalités fiables et compétentes du pays.
Parallèlement, nous favorisons la rencontre entre ONG et représentants de la société civile. Ainsi, le 22 septembre dernier, toutes les ONG, financièrement soutenues par la Fondation de France pour les actions d’urgence, ont pris connaissance de l’évaluation externe menée cet été. À cette même réunion, Michèle Oriol, sociologue et responsable d’une unité au Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT), a présenté les défis de la reconstruction. Freins, enjeux, solutions, impact électoral… le sujet a ouvert le débat sur les défis de la reconstruction.
Conscient de disposer à la fois d’une somme importante mais modeste au regard des besoins de la reconstruction, le comité privilégie des actions de proximité pour augmenter l’impact de l‘aide sur les populations. Il a développé une formule plus novatrice avec la mise en place de quatre fonds de proximité pour favoriser les initiatives locales et le développement de petits projets.
Ces projets, proposés par les Haïtiens eux-mêmes, concernent 4 secteurs : les services urbains, le développement rural, la relance économique et la culture. Ces fonds, gérés localement, permettent de sélectionner ces petits projets avec la même rigueur que celle mise en œuvre pour soutenir les projets plus importants retenus par le comité d’experts, ici en France.
Comment le comité contrôle-t-il la pertinence de ses modes opératoires et rend compte aux donateurs de l’usage fait de des fonds récoltés ?
E. D. : Bien évidemment, il y a les visites de terrain, les rencontres multipliées, les évaluations externes et les audits financiers. Mais pas seulement. La Fondation de France organise aussi des réunions avec les acteurs pour capitaliser sur les acquis de chacun. À titre d’exemple, la réunion de bilan des opérations d’urgence du 22 septembre visait également à faire état, avec les commissaires aux comptes, des procédures et modalités de suivi mises en œuvre par la Fondation de France. Une étape essentielle pour assurer la traçabilité des fonds utilisés, garantir l’effectivité de nos partenariats avec les Haïtiens et éviter les doublonnages. Cette traçabilité financière repose sur des modalités de reporting harmonisées et auditées par KPMG. Les ONG aussi doivent rendre compte régulièrement, les subventions étant versées au vu de leurs rapports. Une évaluation terrain est, par ailleurs, confiée à un prestataire externe.
Bien entendu, l’information est relayée dans la plus grande transparence auprès des donateurs. À la fois sur le site internet de la Fondation de France, régulièrement mis à jour, riche en textes, cartes, photos et vidéos, mais aussi via une lettre d’information diffusée à horizon de six, neuf, puis douze mois.




