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Fondations Horizons : le mécénat ne s’improvise pas

© H. Dicko

Les fondations créées sous l’égide de la Fondation de France sont toujours plus nombreuses et, fait remarquable, revêtent parfois un caractère héréditaire. Exemple d’une démarche inédite de mutualisation d’actions philanthropiques avec la famille Bodet et la Fondation Horizons.

Tout commence en 2004 pour cette famille d’industriels du Maine-et-Loire dont les membres sont engagés de longue date dans plusieurs causes d’intérêt général. Chacun de son côté. Le père, Pierre Bodet, s’investit depuis la guerre des Balkans dans l’aide aux orphelins de guerre bosniaques. La fille, Marie-Aimée, s’engage pour préserver l’environnement. Pendant que Jaques(*), le fils, s’implique dans le développement de pays d’Afrique centrale. Lorsque, un jour, ils décident de faire cause commune. L’idée ? Mutualiser leurs moyens en créant une fondation avec dotation, sous égide. « Nous étions d’accord pour faire une donation d’actions de l’entreprise dont nous faisions partie. C’est parce qu’être ensemble, c’est être plus fort que nous avons naturellement ressenti le besoin de regrouper nos actions. Avec une exigence de taille : celle d’un cadre de mécénat plus structuré et d’un accompagnement plus fort », témoigne Jacques Bodet. Si la volonté commune est là, sa concrétisation semble moins évidente.

La Fondation de France comme associée

Première particularité : alors que la société n’est pas cotée en bourse, il s’agit de donner des actions encore non cessibles à la Fondation de France, appelée à entrer comme associée. Pour cela, une assemblée générale doit approuver à l’unanimité ce nouvel actionnaire non familial et réduire le capital pour rendre les titres liquides. Le hic: cette décision ne peut intervenir que d’ici deux à trois ans. Conscient du caractère inédit de son projet, la famille se rapproche très tôt des services juridiques de la Fondation de France. Immédiatement, une relation de confiance s’instaure alors que « la Fondation de France avait pour seule garantie la parole que lui avait donnée la famille », rappelle Jacques Bodet.

Une relation confortée par la vigilance du notaire

Sitôt les premiers contacts pris avec la Fondation de France, Jaques Bodet sollicite Maître Delorme, notaire à Cholet, qui se souvient : « En lien avec la famille et la Fondation de France, il me revenait de tout mettre en musique, avec un certain nombre de précautions. S’assurer en particulier de l’intégration de la Fondation de France au capital de la société familiale et prévoir sa sortie ou la mise en œuvre d’une solution subsidiaire dans le cas où elle ne réaliserait pas ses actifs dans le délai prévu. » Une condition particulière de l’acte de donation devait ainsi prévoir l’attribution de dividendes, puis de la somme provenant d’une cession future à une autre fondation déjà existante. Pour Maître Delorme, appréhender la situation dans sa globalité reste fondamental. C’est-à-dire ? Mesurer les conséquences patrimoniales et fiscales qui peuvent être très avantageuses, au regard notamment de l'exonération de droits de mutation au moment de la donation et de plus-values pour la Fondation de France, lors de la cession ultérieure des titres. « S’interroger sur la provenance de l’argent et bien prendre en compte l’aspect patrimonial de la situation du donateur, reste essentiel », souligne le notaire.

Rapidité et efficacité de la mise en œuvre

Jacques Bodet en est convaincu : la mise en œuvre juridique du projet a joué un rôle déterminant. « Il est capital de compter sur quelqu’un qui prenne du recul sur ce type de montage », précise-t-il. Et consulter le plus en amont possible constitue un gage de célérité évident. Une fois l’acte de donation rédigé par Maître Delorme, les actifs ont été cédés à la Fondation qui a pu les réaliser un an et demi plus tard, au lieu des deux années prévues par la clause particulière. « Je suis encore surpris de la rapidité avec laquelle notre fondation a été créée. » Selon lui, la relation avec la Fondation de France, avec laquelle « les contacts ont été très faciles et réguliers », a été la cheville ouvrière de ce challenge. Même si « le fait que notre projet ait été très clair dès le début et que nous ayons déjà su, par le passé, être opérationnels sur le terrain, a sans doute beaucoup compté », souligne Jacques Bodet.

Sur le terrain…

Aujourd’hui, la Fondation Horizons intervient au Maroc, en Afrique centrale, au Cameroun, au nord du Niger et au Mali. L’objectif : financer des projets sociaux-éducatifs concernant notamment des écoles, des bibliothèques et des bourses d’étudiants locaux. Mais pas seulement. La Fondation Horizons finance également des actions liées au respect de l’environnement, comme l’aide aux paysans pour la culture biologique et le développement de jardins, ou l’aide à la Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité (CRIRAD), toujours dans la même zone géographique. La fondation constitue avant tout un instrument financier qui offre les moyens d’agir à tous les opérationnels sur le terrain. À titre d’exemple : elle a récemment financé des bourses pour des étudiants en médecine africains et de jeunes étudiants bosniaques, orphelins de guerre.

L’appel à l’engagement de Jacques Bodet

Pour Jacques Bodet, pas question de se limiter. Il entend aujourd’hui réveiller la fibre philanthropique des chefs d’entreprise qu’il connaît. Un travail de sensibilisation de longue haleine. « Il s’agit de les convaincre qu’un projet de mécénat participera à leur épanouissement personnel, après leur retraite. Un engagement certes différent, mais tout aussi important. Notamment grâce aux formidables relations que nous entretenons avec la Fondation de France et avec les personnes sur le terrain… En revanche, pour peu que l’on n’ait pas un projet concret, mieux vaut rejoindre une fondation déjà existante. Le risque de dispersion pourrait obérer sa mise en œuvre », explique Jacques Bodet. Un homme débordant d’énergie qui envisage déjà de créer une autre fondation avec des chefs d’entreprises. Son idée ? Développer de nouvelles actions en matière d’éducation et de formation professionnelle.

 

Jacques Bodet a été lauréat des Bourses déclics jeunes de la Fondation de France. Ce prix, créé en 1975 grâce à la Fondation des époux Salavin-Fournier, aide chaque année une vingtaine de jeunes à réaliser leur vocation.

 

« Inutile de se perdre dans un élan de générosité non réfléchi »

Les démarches comme celles de la famille Bodet et de la Fondation Horizons restent encore trop rares. Même dans leur région du Maine-et-Loire où les familles industrielles sont nombreuses. « Si le développement de telles fondations familiales est dans l’air du temps, leur évolution est loin d’être comparable à ce qui se fait aux Etats-Unis », observe Maître Delorme, notaire.

Dans ces conditions, pourquoi ne pas sensibiliser d’autres familles à ce type d’actions très motivantes, fruits de rencontres et d’opportunités. Mais attention, l’épanouissement n’est possible que si la démarche est structurée. Et Jacques Bodet d’insister : « Toutes ces actions d’intérêt général sont réalisées car nous connaissons bien le terrain mais aussi parce que nous avons conscience qu’il faut du temps pour les mener à bien. Il faut toujours rester lucide et extrêmement pragmatique. Si j’ai un conseil à donner, c’est de ne pas se perdre dans un élan de générosité non réfléchi que l’on pourrait regretter, alors que l’on s’est engagé dans la durée. »

 

FONDATION DE FRANCE - 40, avenue Hoche, 75008 Paris - T. 01 44 21 31 00