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Les attentes philanthropiques des Français les plus aisés

A l’heure où la crise économique affecte les dons en argent des Français, alors qu’aux USA Warren Buffet plaide pour un engagement supérieur des grandes fortunes en faveur de l’intérêt général, l’Observatoire de la Fondation de France propose un aperçu du mécénat des personnes riches en France. Qu’est-ce qui motive leur générosité? Comment s’exprime-t-elle ? Quelles sont leurs références ?… Portrait philanthropique des Français les plus aisés, brossé dans les grandes lignes par Odile de Laurens, responsable de l’Observatoire.

Quelles sont les principales motivations qui déclenchent le don ?

72 % des donateurs aisés préfèrent soutenir des actions de fond et à long terme plutôt que des actions à effets immédiats.

52 % des donateurs aisés jugent important de pouvoir suivre et éventuellement conseiller les responsables d’une association ou d’une fondation qu’ils veulent financer.

Dans un contexte français qui n’intègre pas la philanthropie comme une composante naturelle de la société, les Français aisés ne se sentent pas systématiquement enjoints à devenir philanthropes. Y compris dans les hautes sphères de la société. La philanthropie appartient donc bien souvent au registre de l’intime : elle s’impose à l’occasion d’un événement (un deuil, un accident, une catastrophe, une crise personnelle de sens..) ou découle d’un sentiment religieux.

Pour autant, dans ces cercles favorisés, la notion de responsabilité sociale apparaît en tête des motivations (85 % des cas). Elle distingue clairement cette catégorie de donateurs. Ce registre est d’autant plus présent que le montant du don est élevé. Il cache en réalité plusieurs ressorts. Pour certains, le sentiment de responsabilité découle d’une culpabilité liée à la perception du décalage entre les ressources dont ils disposent et l’état de la société. Ce décalage est plus délicat à soutenir s’ils pensent avoir « profité de la société » pour en arriver là où ils sont. Le don vient donc aider à réduire ce sentiment inconfortable.
Pour bon nombre, ils portent un regard critique sur l’action publique, et se sentent autorisés, au nom des responsabilités qu’ils ont assumées dans leur parcours, à envisager d’en pallier les défaillances, voire d’en corriger les dysfonctionnements via leur philanthropie.

Pour d’autres, enfin, cette responsabilité leur est léguée en héritage en même temps que leur statut social. Ils se devront donc de le perpétuer à travers des actions généreuses.

 

Existe-t-il de nouvelles formes de philanthropie ?

On observe sans aucun doute aujourd’hui l’arrivée — elle était moins fréquente auparavant — de mécènes âgés de moins de 50 ans. Ces jeunes mécènes sont influencés par les pratiques déployées par les New Philanthropists de la Silicon Valley du début des années 2000. Ils sont attentifs à l’autonomisation des projets qu’ils soutiennent, à leur durabilité, ils mêleront plus volontiers l’économique et le social. On ne peut pour autant pas parler d’un “raz-de-marée” de nouveaux philanthropes en France.

En revanche, mais ce n’est pas nouveau, les philanthropes aisés ont une tendance générale à l’implication personnelle : ils demandent des comptes rendus, des visites de projets, aiment conseiller, guider, voire s’engager bénévolement… Leur implication philanthropique constituera parfois un second souffle dans leur parcours de vie, une occasion pour les plus anciens de renouer avec l’exercice du pouvoir, d’autant plus grisant qu’il est voué au bien commun. C’est notamment pour ces raisons que la formule de la fondation les séduit.

 

Comment concilier le souci de discrétion et le sentiment de valorisation liés au don ?

Les catégories les plus aisées ne font pas exception. Pour elles, le don est hautement valorisé et sa “validité” dépend d’un certain nombre de critères. Il doit être gratuit, c’est-à-dire totalement désintéressé dans son intention déclarée et dans ses attentes sous-jacentes. Il doit être discret : geste et somme devraient rester anonymes, estiment 92 % d’entre eux. Et pourtant… les contradictions émergent dès que le don confère un pouvoir valorisant. Que faire de cette nécessaire discrétion et de ce besoin de dévoiler ses actions ? C’est certes délicat.

 

La défiscalisation est-elle déterminante dans l’acte de don ?

La fiscalité est davantage un encouragement à donner qu’un déclencheur. Elle participe d’évidence à la prise de décision et constitue un levier facilitateur.

Si cette logique est valable pour l’ensemble des donateurs aisés, on observe différentes attitudes. Pour les fortunes les plus récentes, par exemple, où l’héritage culturel autour du don est quasi absent, la défiscalisation est probablement plus prégnante. En revanche, pour les anciennes fortunes, le don doit parfois rester un “effort” et ne pas être défiscalisable. Certains vont même jusqu’à ne rien déduire. Bien entendu, il s’agit-là d’une minorité.

 

Qui sont ces Français les plus aisés ?

Sont considérés comme favorisés les Français dont le revenu annuel est supérieur à 100 000 euros nets. Au final, ils représentent 2 % de notre population. Les personnes interrogées dans le cadre de l’étude Riches et responsables, et qui font partie de cette catégorie, donnent plus de 500 euros par an.

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