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Trois questions à… Me. Ghislaine Kapandji et Me. Elie Morhange, Commissaires Priseurs à Drouot - Etude Kapandji Mohrange

L’atmosphère d’une salle des ventes est particulière. Presque théâtrale. Vendeurs et acquéreurs d’objets d’art, toutes origines sociales confondues, deviennent acteurs et spectateurs d’une scène se jouant en 48 heures, le temps de l’exposition et de la vente. Le lieu public reste privilégié pour transmettre un patrimoine exceptionnel « prisé », avantages fiscaux à la clé.

crédit photo © E.E Duvernay
Avec la crise, comment le marché de l’art se porte-t-il aujourd’hui ?

Si les objets d’art de qualité moyenne subissent une décote, la valeur d’une pièce rarissime, elle, augmente. Pour une pièce unique, le monde entier est toujours disposé à se déplacer. Ce sera le cas pour le bâton de maître d’hôtel de Charles X ou pour une coupe en serpentine réalisée au 16ème siècle provenant de l’Hôtel Saint Lambert et ayant appartenu au Baron de Redé que nous présenterons pour la vente du 26 mai. Nombre de collectionneurs anglais d’argenterie se presseront aussi pour le service en argent du premier Marquis de Westminster. Une partie du métier de commissaire priseur consiste à diagnostiquer, lors d’un inventaire, la valeur de l’objet présenté. Si l’objet d’art n’est pas sur un marché dont notre Etude s’est faite une spécialité - celui du livre en est -, nous faisons appel aux meilleurs experts, chacun dans son domaine, pour que l’on puisse ensuite en donner la valeur.

Quelles difficultés pouvez-vous rencontrer pour ces estimations ?

Le collectionneur disposant d’un certain nombre de pièces sur un même thème, et désireux de donner ou de léguer l’intégralité de sa collection à une fondation reconnue d’utilité publique, aura souvent fait toutes diligences pour s’assurer que la vente de sa collection se fera selon ses souhaits : il aura précisé dans une convention tous les détails de la vente de la collection préalablement « prisée ». Mais tout le monde n’est pas aussi prévoyant. On ne pense pas toujours à faire estimer ses biens pour s’assurer de leur caractère aliénable et encore moins à préciser le lieu désiré pour la vente publique. On oublie surtout de préciser dans un document où trouver les œuvres. Notre pratique nous incite à les chercher dans les endroits à l’abri des regards indiscrets, de la lumière du soleil et de la lune. Le silence gardé sur ce type de détails peut néanmoins entraîner des frais d’investigation et des dégâts importants.

Vendeurs et acquéreurs connaissent-ils les avantages fiscaux liés à des transactions ?

A l’achat, un particulier sait que les objets d’art ne sont pas imposables au titre de l’ISF. Mais on peut nous solliciter lorsque, dans le cadre d’un inventaire, apparaît du mobilier Art déco, logiquement hors du champ conceptuel de l’objet d’art ou de collection : tout mobilier de plus de cent ans d’âge, quelque soit sa valeur. L’administration fiscale a heureusement précisé qu’un meuble réalisé de la main de l’artiste entrait, quelque soit son âge, dans la catégorie de meuble d’art, ce que nous pouvons être appelés à établir. Les particuliers savent aussi qu’en faisant don ou legs d’œuvres d’art à un organisme reconnu d’utilité publique, ils réduiront leur impôt sur le revenu. Mais, côté acquéreurs, peu d’entreprises, et seules les plus grandes, connaissent le régime fiscal favorable aux acquisition d’œuvres originales d’artistes vivants : leur exposition pendant les 5 ans de la durée d’amortissement permettront de déduire le coût d’acquisition du bénéfice taxable sur les résultats de l’exercice d’acquisition et des neuf années suivantes. Pour éviter de mauvais choix « coups de cœur », les entreprises peuvent trouver conseil auprès de sociétés spécialisées dans l’achat d’art.

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